Le Conseil d’administration de la SELF, élargi à quelques autres adhérents chargés de certaines Commissions, s’est réuni le 3 septembre pour une séance de travail consacrée à son nouveau site web.
Cette action répondait à la volonté du Conseil de la SELF de permettre une implication plus large des différents responsables des activités dans l’animation du site web. Les personnes présentes ont ainsi pu être formées à l’outil de publication afin d’actualiser et compléter les pages qui les concernent.
Le nouveau site sera présenté à l’occasion du 50ème Congrès de la SELF, le 23 septembre 2015 au Palais des Congrès à Paris. Il continuera cependant à être rôdé et alimenté par les contributeurs formés ce 3 septembre, avant d’être mis en ligne publiquement.
Outre une interface plus aérée et un design responsive permettant une lecture adaptée sur les terminaux mobiles, le nouveau site de la SELF intègrera un espace adhérents, permettant aux adhérents de la SELF d’accéder à des contenus réservés.
Le projet comporte aussi une refonte de la base de données de gestion des adhérents, qui proposera désormais un formulaire d’inscription en ligne, et permettra aux adhérents de mettre à jour eux-mêmes leur fiche lors des appels de cotisation.
Brèves du CA de la SELF
(Février 2015 – Juillet 2015)
J’avais terminé mes précédentes brèves sur la prise de position de la SELF concernant la modernisation du dialogue social, en vous faisant part de notre souhait d’organiser une journée d’échange sur le sujet. La SELF, sous la houlette de Pascal Etienne et de Véronique Poète et la mise à contribution de plusieurs de ses membres a pu organiser cette journée le 24 juin dernier.
Cette journée a été un succès, tant du point de vue du nombre de participants que de la richesse des points de vue qui ont fait clairement ressortir que la question fait débat. Nous veillerons à lui donner des suites. Dans l’immédiat par la publication des actes disponible sur le site de la SELF, et à l’avenir par le souhait des membres du CA :
- d’animer un forum thématique sur le nouveau site de la SELF,
- d’assurer le suivi des prises de position publiques de la SELF dans le débat social et institutionnel,
- de préparer une nouvelle journée SELF au printemps 2016 sur cette thématique,
- et d’assurer une présence de cette thématique dans le Congrès 2016.
En ce début d’été, les travaux pour l’organisation du 50ème congrès de la SELF (qui aura lieu à Paris les 23, 24 et 25 septembre 2015) se poursuivent, et le programme publié suite aux travaux du comité scientifique laisse augurer d’une belle réussite dont vous serez à même de juger quand vous lirez ces lignes. Les membres du CA, quant à eux préparent l’assemblée générale de notre association qui se tiendra durant le congrès, le 24 septembre à 17h30. J’espère vous y voir nombreux, afin que nous puissions échanger sur le bilan de notre activité sur le dernier exercice… mais également sur le nouveau site web de la SELF, qui sera présenté, en avant première, lors du congrès la veille au soir (17h30, salle Louis Armand).
En effet, après un travail en profondeur en compagnie de notre prestataire, nous touchons enfin au but… et le nouveau site web qui vous sera présenté va nous changer la vie à toutes et à tous (administrateurs et membres actifs ou correspondants). En mon nom et au nom de tous les membres de la SELF, je voudrais remercier Fabrice Bourgeois et tous les membres du groupe projet qu’il a piloté pour ce nouvel outil qui permettra à notre association de rentrer dans une nouvelle dimension, à la hauteur des besoins de notre temps !
Vous souhaitant à toutes et à tous une belle fin d’été, j’espère avoir l’occasion de vous rencontrer en nombre à l’occasion du Congrès au mois de septembre prochain.
Bien cordialement,
Gabin GINDRO
Secrétaire général
Alain a grandi à Antony, en région parisienne, où ses parents tenaient un café à la Croix-de-Berny. Après avoir été directeur de la maison de jeunes de Fresnes, il a été l’un des premiers à suivre le formation d’ergonome au CNAM dans les années 70. Il est recruté au « 41 rue Gay-Lussac », d’abord comme vacataire CNAM, ensuite comme technicien puis ingénieur CNRS au laboratoire de psychologie du travail dirigé par Jacques Leplat où il à la haute main sur la bibliothèque et le matériel informatique (et, de surcroît, sur l’initiation de son entourage à ce domaine). Il contribue au large flux de relations amicales et scientifiques entre ce laboratoire et celui d’ergonomie, dirigé par Alain Wisner et Antoine Laville. ll développe notamment les liens avec les travaux de ce dernier et de Catherine Teiger. Il passe son diplôme d’ergonomiste Cnam, et contribue à l’enseignement célèbre des TP B d’ergonomie, le samedi matin, avec entre autres Antoine Laville et Dominique Dessors, puis François Daniellou. Le bilan pédagogique se faisait classiquement à midi autour d’un verre de whisky offert par Antoine.
Au début des années 1980, il entame son grand œuvre, qui deviendra le logiciel Kronos puis Actogram. A l’époque, les enregistrements des observations de l’activité étaient réalisés à l’aide de stylets à encre qui se déplaçaient sur un rouleau de papier millimétré, et dont le mouvement était commandé par des poussoirs. Le dépouillement se faisait au double-décimètre. Dès l’arrivée des premiers ordinateurs Apple, Alain programme un système de traitement statistique des données d’observation. Mais, lorsqu’il apporte le premier listing de résultats à Antoine, celui-ci lui dit : « il me manque le tracé, j’ai besoin de voir … tu sais, les choses sont plus compliquées ». Alain programme donc le tracé des chroniques d’activité, reconstituant les bonnes vieilles bandes. Mais l’élément central du développement de Kronos est la mise en place du « protocole de description » : Alain a combiné ses compétences d’ergonome, d’enseignant et d’informaticien pour obliger les ergonomes à être clairs sur leurs hypothèses d’observation. A partir du succès initial de Kronos, il a ensuite fait évoluer le logiciel pendant 25 ans pour l’adapter aux évolutions des langages, des systèmes de saisie, des demandes des utilisateurs reflétant de nouvelles formes d’analyse du travail, et des besoins de traduction dans d’autres langues. Il a toujours assuré un « service après-vente » personnalisé auprès des utilisateurs.
A la fin des années 1980, Alain contribue avec F. Guérin, J. Duraffourg, A. Laville, C. Teiger et F. Daniellou à l’écriture de Comprendre le travail pour le transformer, mettant sa rigueur au service de ce travail collectif un peu échevelé, qui aboutira en 1991. A partir de 1987, il participe à l’aventure de la conception de l’imprimerie du Monde, première conduite de projet industriel de l’équipe, dans le cadre très particulier d’une mobilisation exceptionnelle de la CGT du livre parisien.
Alain est homme d’amitié et de convivialité. Sa maison de l’Haÿ-les-Roses est toujours ouverte. Elle accueille les célèbres parties de tarot réunissant chercheurs de l’INETOP, de l’EPHE et du Cnam. Elle reçoit les premiers ergonomes brésiliens, ceux que la dictature avait contraints de se réfugier en France, puis leurs successeurs par des temps plus calmes, et bien sûr les Québécois. Et à tous les amis, Alain fait superbement la cuisine, sert à boire, puis sort sa guitare et chante des chansons, brésiliennes et québécoises surtout. Les grands jours, il lit un poème, souvent de René Char.
En 1996, Alain part à Toulouse rejoindre le nouveau laboratoire TRAVAIL ET COGNITION dirigé par Yvon Quéinnec. II y poursuit le développement de Kronos et l’encadrement méthodologique des thèses. Parallèlement, il s’engage au conseil d’administration de la SELF de 2003 à 2009, en créant notamment le premier site web de la SELF. Il a également été partie prenante du développement de la Revue @ctivités et membre de son Comité de Rédaction.
Sa venue dans le sud-ouest le rapproche aussi de la maison de Figeac, immense et exigeant beaucoup de travaux. Elle deviendra, elle aussi, un grand lieu d’hospitalité, sur la route des vacances ou pour de plus longs séjours.
Comme le dit Catherine Teiger, Alain était un homme de talents multiples et discrets qui ne l’ont pas toujours rendu heureux mais qui ont souvent rendu les autres heureux avec lui.
François Daniellou, Yvon Quéinnec et Catherine Teiger
Avril 2013
Bulletin de la SELF n° 2013
Par la loi du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites, la pénibilité au travail est désormais reconnue par le code du travail en France et l’employeur doit en assurer la prévention. La Société d’Ergonomie de Langue Française (SELF) se félicite de cette initiative et y voit une réelle opportunité de renforcer, voire d’élargir, le champ de l’amélioration des conditions de réalisation du travail par la prise en compte d’une réalité que l’ergonomie a souvent identifiée et analysée pour mieux aider à la réduire.
Cependant, elle s’inquiète des orientations induites par la définition qui a été donnée de la pénibilité dans la loi et les conditions de sa prévention inscrites dans les décrets qui ont suivi sa parution. Considérées de manière trop restrictive, ces orientations peuvent conduire à un appauvrissement des modèles et pratiques de la prévention, et plus particulièrement ceux de l’approche ergonomique, qui met l’activité réelle de travail au centre de ses préoccupations. Emergeant dans le contexte de réforme des retraites, la pénibilité au travail apparaît d’abord au sein du code de la sécurité sociale dans un objectif de compensation, en permettant à des salariés ayant effectué des travaux pénibles au cours de leur carrière de partir en retraite anticipée. Ce départ pour pénibilité est acquis pour les travailleurs ayant un taux d’incapacité permanente (IP) supérieur ou égal à 20%. En dessous de 10% d’IP, aucune mesure de compensation n’est prévue. Pour un taux d’IP compris entre 10% et 20%, ce droit est ouvert si les travailleurs ont été exposés pendant 17 ans à certains facteurs de risques professionnels et si leur incapacité est liée à cette exposition. Pour déterminer cette exposition, le législateur a ainsi prévu que l’employeur assure un suivi des travailleurs « exposé[s] à un ou plusieurs facteurs de risques professionnels déterminés par décret et liés à des contraintes physiques marquées, à un environnement physique agressif ou à certains rythmes de travail susceptibles de laisser des traces durables identifiables et irréversibles sur sa santé » (CT L4121-3-1). Cette dernière phrase est désormais systématiquement reprise dans les différentes publications pour définir la pénibilité au travail. Elle tend de fait à orienter l’analyse des situations de pénibilité vers l’identification des dix facteurs de risques précisés depuis par décret et à agir, en termes de prévention, sur ces facteurs. Or, cette définition est déterminée, on l’a vu, par des modalités de compensation, non par des enjeux de prévention.
La SELF alerte sur une approche de la pénibilité au travail qui, en orientant l’action vers ces seuls facteurs de risques, viserait à prévenir le seul risque d’IP entre 10 et 20%, excluant de fait toute autre forme d’atteinte à la santé, en nature ou en gravité, liées à l’exercice d’activités pénibles. Ceci reviendrait, en effet, à contrer le risque de départ en retraite anticipée et non le risque d’atteinte à la santé. Ce serait une dérive majeure d’interprétation du texte.
L’absence apparente de référence à la dimension « psycho-sociale » de la pénibilité dans la loi peut conduire, elle aussi, à une dérive d’interprétation du texte. En effet, cette absence ne vaut là encore que pour les conditions de départ anticipé prévues pour un taux d’IP entre 10 et 20%. Or, pour un taux d’incapacité supérieur à 20%, une grande diversité de maladies ou de lésions consécutives à un accident du travail peuvent ouvrir droit à un départ anticipé pour pénibilité, y compris des « lésions psychiatriques 2 » (altérations cognitives, troubles anxieux, troubles dépressifs, etc.).
Autrement dit, si les risques psychosociaux ne font pas l’objet d’une fiche d’exposition, ils n’en sont pas moins susceptibles de laisser des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé, qui les apparentent de fait à de la pénibilité. Enfin, en définissant un rapport de causalité directe entre l’exposition à certains facteurs de pénibilité et l’apparition d’effets à long terme sur la santé, la loi semble écarter toute référence à l’activité réelle de travail. Or, la pénibilité du travail ne peut être comprise sans référence à l’activité de travail qu’elle affecte. En ignorant cette dimension, la loi peut motiver une analyse experte, strictement technique et normative, voire juridique, des facteurs de pénibilité et des seuils associés. Cette approche peut se justifier dans le champ d’une compensation négociée, mais est fortement limitative dans le champ de la prévention.
Dans ce contexte de renforcement de la législation sur la pénibilité du travail qui tend plutôt à identifier et reconnaître des risques professionnels qu’à anticiper pour mieux protéger la santé des travailleurs, la SELF réaffirme la nécessité d’agir sur le travail et son organisation. De fait, elle souligne la place importante de la démarche ergonomique dans des contextes d’étude de la pénibilité, sa capacité à comprendre les situations réelles, à saisir les opportunités de ressources des acteurs ou à cerner les enjeux de transformation, notamment lors de la phase initiale d’analyse de la demande.
Ainsi, la SELF revendique de développer une meilleure compréhension de l’activité réelle en vue de pouvoir s’inscrire dans une logique de prévention des risques réels et/ou potentiels en agissant pour un environnement à la fois capacitant et sécurisant, contribuant aux dynamiques de développement des individus et des systèmes. Cette compréhension ne sépare pas stricto sensu les dimensions physiques, mentales et psychiques mobilisées dans toutes formes de travail, indissociables dans la réalisation concrète des activités. En effet, « travailler » résulte d’impliquer son corps et son esprit, être en mouvement pour résoudre des tâches et mettre en action ses processus mentaux, émotionnels ou affectifs dans un contexte social et organisationnel. De même, la notion de pénibilité renvoie autant aux contraintes objectivables des situations de travail qu’aux expériences vécues des personnes confrontées à ces situations. Enfin, par ses diverses méthodes qui ont fait leurs preuves (observations, simulations, expérimentations…), l’ergonomie a montré à plusieurs reprises que la situation de travail peut induire un risque sur la santé des travailleurs sans pour autant générer des ressentis négatifs (agents cancérogènes ou toxiques) et, a contrario, qu’une situation peut induire un sentiment de pénibilité sans risque évident ou apparent pour la santé (dans l’état actuel des connaissances).
On voit bien que la pénibilité du travail apparaît comme un processus complexe, faisant interagir un ensemble de déterminants des situations de travail plus large que celui prévu par le dispositif, qu’il faut pouvoir rendre visible et intelligible.
La SELF tient à souligner l’engagement des ergonomes et les actions qu’ils conduisent depuis longtemps pour lutter contre les formes multiples de pénibilité. Elle rappelle la pertinence de leurs modèles d’analyse pour confronter le réel du travail aux logiques de gestion et pour apporter un autre regard sur la santé, considérée avant tout comme une ressource et non comme un coût pour l’organisation. Elle souhaite continuer à contribuer à ce que les pénibilités au (du) travail soient mieux prises en compte, quelles que soient leur nature ou leur gravité potentielle, dans le respect de l’obligation nouvelle faite à l’employeur de les prévenir.
Le Conseil d’administration de la Société d’Ergonomie de Langue Française
1 Décret n° 2011-354 du 30 mars 2011 relatif à la définition des facteurs de risques professionnels
2 Arrêté du 30 mars 2011 fixant la liste de référence des lésions consécutives à un accident du travail et identiques à celles indemnisées au titre d’une maladie professionnelle, mentionnée à l’article R.351-24-1 du code de la sécurité sociale.
Depuis de nombreux mois, la question de la souffrance au travail est largement reprise dans les médias. Dans certains cas, cette souffrance conduit à des actes désespérés, jusqu’au suicide. Quelles pratiques de prévention peuvent être mises en oeuvre pour endiguer ce processus ? (suite…)
Connaître l’activité de travail de l’homme pour élaborer des politiques de prévention des risques professionnels
Septembre 2002
Dans un contexte d’évolution de la politique de prévention des risques professionnels, la Société d’Ergonomie de Langue Française tient à rendre publique sa position traduisant les acquis de l’ergonomie dans ce domaine. Ils reposent sur deux repères essentiels :
- Si depuis la loi du 31 décembre 1991, les principes de prévention sont fixés dans l’article L230- 2 du Code du Travail, depuis le décret n°2001- 1016 du 5 novembre 2001, l’employeur doit transcrire et mettre à jour, dans un document unique, les résultats de l’évaluation des risques. Cette évaluation sera peu efficace pour la prévention, si elle est abordée uniquement en termes d’obligations réglementaires. Comme la circulaire du 18 avril 2002 le précise, l’évaluation des risques ne se réduit pas à un relevé brut de données, mais constitue un véritable travail d’analyse des modalités d’exposition des salariés à des dangers ou à des facteurs de risques. Sa finalité n’est donc nullement de justifier l’existence d’un risque, quel qu’il soit, mais, bien au contraire, de mettre en œuvre des mesures effectives, visant à l’élimination des risques notamment dans le cadre d’un programme de prévention.
- On ne peut borner l’identification des risques aux seuls risques physiques, mais selon les principes de prévention eux-mêmes émis par la loi, il faut prendre en compte globalement le travail et l’adapter à l’homme pour la prévention des risques professionnels.
L’analyse des risques nécessite l’analyse de l’activité de travail
Connaître un risque, c’est non seulement caractériser la nature des dangers présents, la population potentiellement exposée, mais c’est aussi analyser les processus concrets de réalisation du travail et les conditions de son organisation qui peuvent mettre en contact cette population avec les sources de dangers. Pour appréhender la complexité des situations réelles, l’ergonomie a développé une pratique d’analyse, centrée sur « le point de vue du travail ». Ce terme ne signifie pas seulement qu’il est indispensable de recueillir les opinions des salariés sur leur propre travail, mais que la compréhension du fonctionnement des organisations de l’entreprise passe nécessairement par une analyse de l’activité de travail réel. Le concept d’activité est né du constat d’un écart, toujours irréductible, entre la façon dont on a pensé que le travail devait se réaliser et le travail tel qu’il est réellement réalisé. Les salariés comme les systèmes techniques n’ont pas la stabilité que postule l’organisation prescrite. Les dysfonctionnements, les pannes, les aléas viennent perturber le déroulement prévu du travail, et les variations quantitatives et qualitatives de la production ne s’accompagnent pas toutes de moyens spécifiques pour y faire face. De ce point de vue, le travail humain est aussi et surtout « compétence et expérience ». Il est le reflet et la construction d’une histoire : celle d’un sujet actif qui arbitre entre « ce qu’on lui demande » et «ce que ça lui demande». Les études ergonomiques ont, depuis longtemps, souligné le rôle des opérateurs pour la fiabilité des systèmes de travail, l’existence de « manière de faire » pour faire face à des dangers. C’est pourquoi, pour la SELF, l’analyse des risques, dont la demande réglementaire est aujourd’hui renforcée, ne peut être indépendante de l’analyse de l’activité de travail.
Fonder les politiques de prévention sur des connaissances indépendantes
Dans les politiques de prévention (européennes, nationales, ou d’entreprises), la prise en compte de l’activité réelle de travail est encore trop souvent absente. Les jugements a priori constituent souvent un véritable barrage à la compréhension de ce qui détermine les risques. Elles reposent encore trop souvent sur des consignes de sécurité à respecter ; la transgression de ces règles étant alors interprétée en termes de comportement individuel inadapté. Pour élaborer un programme de prévention efficace, il est nécessaire de construire des connaissances sur le risque qui ne se limitent pas aux seuls aspects purement scientifiques, statistiques ou juridiques. Dans cette perspective, prévenir, nécessite l’association de plusieurs registres de connaissances : des connaissances issues de disciplines (toxicologie, chimie, physique, physiologie, psychologie, ergonomie,…) qui permettent de caractériser le ou les dangers et des connaissances cliniques élaborées à partir d’une analyse des organisations et des situations réelles de travail dans lesquelles s’exercent les dangers. C’est à partir de l’association de ces connaissances que doivent s’enchaîner les trois phases classiques d’une démarche de prévention : identification, évaluation et gestion du risque. Si ces phases sont complémentaires, elles n’en sont pas moins distinctes car relevant de logiques différentes. Alors que l’identification et l’évaluation doivent reposer sur ces connaissances pour jouer leur fonction d’alerte, la gestion des risques, repose également sur des connaissances associées pour la construction d’actions de changement, qui nécessite la recherche de compromis. La SELF ne peut que regretter l’absence d’organisme jouant un rôle de référent dans ce domaine et garantissant l’indépendance de ces connaissances. Dans le cadre de coopérations avec d’autres professionnels, les organisations professionnelles, les organisations syndicales, les chercheurs,… la SELF invite à la réflexion pour l’élaboration d’un cadre méthodologique national favorisant des politiques de prévention des risques professionnels qui prennent en compte un horizon temporel allant de la situation de travail aux effets sur les générations futures, en passant par l’atteinte au potentiel de vie des travailleurs actuels.
Le Conseil d’Administration de la Société d’Ergonomie de Langue Française