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Hommage de Véronique De Keyser

Au-delà

Il y a des scientifiques qui marquent leur époque car ils révolutionnent la pensée.  D’autres qui la diffusent avec tant de panache, qu’on croit qu’ils en sont les inventeurs. D’autres encore qui s’effacent mais soutiennent, étançonnent l’édifice qui vacille : ce sont des passeurs de mémoire.  Lorsqu’ils disparaissent, on ne le remarque même pas. Sauf par un léger déséquilibre. Une faille qu’on comble à la va-vite sans pour autant retrouver la force et le rayonnement d’antan.

René Patesson est mort sur la pointe des pieds, de façon si discrète que moi-même, qui ai été si proche de lui, je n’ai appris son décès que récemment et de façon indirecte, grâce à la SELF. Un non-événement, sa mort ? Un non-événement pour un homme qui a tenu l’ergonomie belge à bout de bras, sa vie durant ? Il était, certes, arrivé dans l’équipe de Jean-Marie Faverge, dans les années 1970, comme un outsider. C’était un ingénieur électromécanicien reconverti à l’ergonomie. Et il entrait dans une équipe formée de longue date, engagée dans les programmes CECA depuis 1962. Ceux qui en faisaient partie avaient déjà publié et balisé ce qui allait être, plus tard, la ‘signature’ de Faverge. À savoir la modélisation de l’activité réelle, observée sur le terrain. Faverge voulait, en effet, dépasser les limites et la spécificité des monographies et des études de cas. Il entendait, certes, qu’on étudie l’activité, mais surtout qu’on aille au-delà. C’est cet ‘aller au-delà’, que tous, dans son équipe, nous avons tenté d’explorer. ‘Au-delà’ avait longtemps signifié pour nous : partir des données, pour modéliser en s’inspirant de la cybernétique, des systèmes de relations entre l’Homme, la Machine et l’Environnement. Cette modélisation faisait de l’opérateur humain, le régulateur ultime du système, anticipant, détectant, corrigeant les écarts entre l’objectif ultime et le résultat. Mais, à côté de cette ligne théorique commune, « l’au-delà » avait ses variantes individuelles.

Pour René Patesson, c’était clairement l’ergonomie dans ses applications industrielles concrètes, y compris dans le domaine numérique où il excellait,  et il a gardé cette ligne jusqu’à la fin de sa vie. Un idéal proche de celui du Bauhaus. Pour Michel Olivier, un des plus anciens collaborateurs de Faverge, d’une extraordinaire créativité, ce fut l’action syndicale, et le souci de rendre aux travailleurs la maitrise des outils qui étaient les leurs. Pour d’autres, davantage orientés vers les services – le domaine de la santé, du système bancaire, de l’enseignement –, ce furent les conditions organisationnelles de travail, la charge mentale, l’évaluation du stress. Pour d’autres, comme Maurice de Montmollin, l’accent était mis sur l’environnement socio-économique. Pour moi, c’était le temps et la fiabilité humaine.  Faverge voulait assurer à chacun une pleine liberté, et ne donnait ni horaire de travail, ni guidance particulière. Ce qui l’intéressait, je crois, c’est d’étudier notre créativité et de voir comment nous fonctionnions. Mais il dressait toujours le cadre théorique et nous ouvrait généreusement des pistes, des repères, des ressources. Comme celle de la SELF, ou de la rue Gay Lussac[1]. Là il savait parler, et même s’exciter et s’enflammer.  Sinon, il était d’une timidité excessive.

1968 a été pour Faverge une fracture. Lui qui prônait une vision structurale de la société, a-historique, ne voulait pas comprendre ce que j’appelais pompeusement ‘Le tragique de l’Histoire’, alors que la plupart de ses chercheurs roulaient toute la nuit jusqu’à la rue Gay-Lussac, non pas pour y rencontrer Leplat ou Wisner, mais pour en retourner les pavés. Et ces événements – tout comme des circonstances familiales difficiles – ont limité désormais son implication personnelle dans son laboratoire. Quand je relis le remarquable entretien que René Patesson a eu en 2008 avec Michel Pottier[2], je découvre qu’il avait de cette époque, et de la gestion de son équipe par Faverge, une vision plus pessimiste et plus sévère que la mienne. Non, René, ce n’est pas parce qu’il ne savait pas créer une équipe de recherche, que nous nous sommes retrouvés sans contrats, et dans une certaine précarité. C’est parce qu’il ne le voulait pas. Cela l’encombrait. Ce qui le fascinait, c’était l’analyse. Il voulait nous regarder penser. Il voulait nous entendre débattre, nous laisser nous fourvoyer dans une voie impossible avec un petit sourire en coin. Je crois, je suis sûre qu’il jouait avec nous, mais de son Olympe : ‘comme les dieux antiques jouaient avec les humains’. Mais l’après 1968 a cassé la magie. Et pour en sortir, nous avons compris qu’il nous faudrait, chacun, construire notre propre voie. Karnas, Salengros, Patesson ont choisi de rester à l’ULB. Je l’ai quittée. Et j’ai créé mes propres structures et mes marchepieds..

René est arrivé à ce moment charnière, dans les années 1970, quand les réorientations de chacun commençaient à s’affirmer. C’est sans doute, du noyau initial de chercheurs, celui qui est resté le plus proche de l’ergonomie, et de la SELF telles que nous les avions rêvées. C’est lui aussi celui qui a structuré l’ergonomie en Belgique, avec des difficultés inouïes et peu de soutien institutionnel. À l’époque, beaucoup d’entre nous n’avaient pas encore compris qu’après les mines,  c’était la sidérurgie qui allait disparaître. Et que c’étaient les services qui allaient devenir un lieu privilégié de recherche sur les conditions de travail, le stress, le burn out, les transformations organisationnelles, le travail distribué, et même l’informatisation et aujourd’hui l’IA  Dès la fin des années 1970, en Belgique, la désindustrialisation de la Wallonie est devenue un fait.

Deux autres facteurs complémentaires vont infléchir l’ergonomie en Belgique. D’abord l’incendie de l’Innovation en 1967, ce grand magasin au cœur de Bruxelles ravagé par les flammes qui a fait plus de 300 victimes dont 252 morts. L’effroi causé, les risques présents dans la conception et la gestion de cette grande surface, ont entraîné en urgence d’abord, puis de façon plus construite, divers Arrêtés Royaux relatifs à cette catastrophe.  Le plus important, celui de 1975, comportait l’obligation de créer des chefs de sécurité dans toutes les entreprises, et de leur enseigner l’ergonomie. Dans les grandes entreprises, les chefs de sécurité devaient impérativement être des ingénieurs. Les facultés de Sciences appliquées ont donc fait appel à des ergonomes pour former les ingénieurs à cette spécialisation. Mais le médecin du travail va également voir son rôle s’élargir : à lui désormais de veiller aux conséquences de mauvaises conditions de travail, au stress, au burn out, voire aux conséquences psychologiques du harcèlement. Avec le biais évident que le burn out et le stress y apparaissent désormais trop souvent comme des maladies de la personne, alors que le milieu de travail en est grandement responsable. Dans ce cadre légal belge, l’ergonome psychologue, quant à lui, n’a plus d’autre rôle que celui de consultant, de chercheur ou d’enseignant. C’est déjà beaucoup, mais c’est un cheminement individuel très aléatoire : le corpus légal l’ignore.  Donc il n’existe pas. C’est ce que René Patesson avait parfaitement compris, et c’est le sens de tout son combat en Belgique.

Ce qu’il avait compris aussi, dans ce contexte difficile, c’est le rôle important de soutien et de diffusion des connaissances qu’assument les sociétés scientifiques, dites savantes. Elles sont tout à la fois les incubatrices des idées nouvelles et la mémoire du passé. La SELF été pour René sa référence centrale. Et il y a parfaitement représenté, avec sa fidélité légendaire, le courant belge de l’ergonomie.

Je m’en veux aujourd’hui René, de t’avoir empêché d’écrire ma biographie quand tu me le demandais. « Trop tôt pour faire ma nécrologie », avais-je répondu à tes sollicitations. En retour, ce n’est pas ta nécrologie que je fais aujourd’hui, rassure-toi !  Te souviens-tu de ce mémorable voyage, qui avait pour objectif de nous rendre en voiture, dans le sud de la France, pour un congrès de la SELF ? On prend une voiture à trois ­– Michel Olivier, toi et moi – et au début, c’est toi qui conduis… On descend par le chemin des écoliers, et soudain, l’un de nous suggère : « Et si nous allions voir Faverge à Coligny ? ». Le Patron s’y était retiré définitivement et nous avait toujours assuré : « Si vous passez par là, n’hésitez pas ! »  Tu avais le numéro de téléphone des Faverge à Coligny. On arrivait à Reims. On stoppe. Coup de fil, c’est sa femme, « Mais oui, venez ».  Et on bifurque aussitôt vers le Jura. Ce long détour nous prend près de trois jours, sans GPS et à peu près à la lumière des étoiles. Mais à Coligny, Faverge et sa femme, laquelle était devenue maire du village, nous accueillent à bras ouverts. On mange, on débouche des bouteilles, je ne suis pas habituée au vin – je ne buvais à l’époque que de la bière – mais si le Saint-Amour me laisse froide, le Château Chalon juste sorti de la cave, étrangement jaune, m’enthousiasme. Au point qu’à la fin de la bouteille, j’en redemande. Sans lever un sourcil, Faverge, ravi, fait chercher une autre bouteille de ce grand cru, et nous levons tous nos verres.  Il était heureux.  Nous aussi. Je ne crois pas l’avoir revu après. Et j’ai peu du souvenir du reste du voyage jusqu’au congrès, si ce n’est que je dormais roulée en boule à l’arrière de la voiture, et que Michel et toi preniez tour à tour le volant. Ce moment volé, ce voyage hors du temps, a été, j’en suis sûre, un instant de grâce pour Faverge comme pour nous trois.  Il me rappelait les invitations du Patron, rue Jeanne, à son domicile à côté de l’ULB. Là, il insistait pour que nous chantions et dansions, et il nous regardait en souriant, éternel spectateur de nos défoulements, ou analyste de nos pensées. Tu étais tombé dans ce drôle de milieu, toi l’ingénieur électromécanicien, et tu as su y tracer ton propre chemin. Merci pour ce beau, ce très long parcours. Merci René, au nom de tous ceux qui t’ont connu, les morts comme les vivants.

Véronique De Keyser

Professeur émérite de l’Université de Liège, députée européenne honoraire

Hommage de Jean-Claude Sperandio

René nous a quittés le 6 mars 2026, sans tambour ni trompette. Nous ne l’avons appris, en effet, que quelque sept mois plus tard.

Je le connaissais depuis le début des années 1970. Ingénieur de formation, puis psychologue, René se formait alors à l’ergonomie dans le laboratoire de Jean-Marie Faverge à l’ULB, et y commençait sa future carrière de chercheur et d’enseignant, jusqu’à y devenir professeur. Notre intérêt commun pour la psychologie cognitive et l’ergonomie de l’informatique, s’ajoutant à notre attachement envers une ergonomie héritée de Faverge, nous rapprochait. Notre amitié de travail s’est maintenue tout au long de nos carrières respectives. Il participait aux rencontres que j’organisais en France, notamment les colloques biannuels Ergo-IA à Biarritz auxquels il était fidèle et, inversement, j’ai collaboré à plusieurs des symposiums qu’il organisait en Belgique, dont un premier très innovant sur l’informatique à Bruxelles en 1984, ou le congrès international Eutic 2020 à Bruxelles également, sur les défis de la transition numérique, et aussi plusieurs rencontres thématiques dans le cadre des congrès de la SELF, dont il fut membre du Conseil d’administration, puis Président de 1992 à 1994. Autant d’occasions d’amicales rencontres et d’échanges convergents sur l’ergonomie, l’informatique ou plus banalement sur le fonctionnement de nos universités, mais aussi sur des recettes de cuisine, autour d’une table, car René était bon vivant !

De temps à autre, nous discutions de Taradeau, une charmante petite commune varoise où, depuis quelques années, il retapait une maison de vacances. Moi à Fréjus, pas très loin de Taradeau, nous étions un peu “pays“ d’adoption !

Je ne m’étends pas ici sur les détails de son parcours professionnel. On lira ou relira son entretien avec Michel Pottier en 2008 (René Patesson.pdf). En 2010, René a contribué à l’ouvrage collectif[3]réalisé par la commission Histoire pour le cinquantenaire de la SELF, dans lequel il a écrit le chapitre consacré à l’ergonomie en Belgique. Puis, il est devenu membre de cette commission, en charge notamment de la mise en ligne de nos productions sur le site web de la SELF, en particulier les entretiens, les repères thématiques, les notices nécrologiques, etc.

En janvier dernier, après l’échange traditionnel des vœux de bonne année, il m’avait parlé de son opération proche, qui nécessiterait de mettre ses activités en pause pour plus ou moins longtemps. Il était confiant, optimiste, promettant de me tenir informé des progrès de sa convalescence qu’il savait devoir être longue. Il était question de nous revoir à Taradeau en été.  Mais, le temps passant, ne plus avoir aucune nouvelle de lui devenait très inquiétant. Mes mails restaient sans réponse. Ses collègues belges n’en savaient pas davantage.

Début octobre, son absence sans explication à une réunion de la commission Histoire devenait plus qu’alarmante. Sollicitée, Dina Notte – elle aussi ancienne du laboratoire Faverge – a finalement pu joindre sa famille et nous a informés que René était décédé, depuis le 6 mars, des suites compliquées de son opération de janvier. Stupéfaction, tristesse, étonnement de n’en avoir rien su. Qu’aurions-nous pu faire ? Restent les mots, les souvenirs…

Adieu, l’ami !

                                                                                   Jean-Claude Sperandio

                                                                                   Professeur émérite d’ergonomie

Hommage de Francis Six

J’ai connu René d’abord comme membre du CA de la SELF dans les années 1990, puis au sein de la commission Histoire de la SELF pendant de nombreuses années. C’est surtout dans sa contribution au travail de cette commission que j’ai pu apprécier sa courtoisie et la sympathie dans ses relations avec les membres. Il a apporté beaucoup à cette commission par sa connaissance du monde de l’ergonomie, surtout en Belgique et en France et par ses compétences en informatique. J’ai souvent noté sa rigueur, en particulier lorsque des aspects statistiques étaient évoqués dans les échanges et les dossiers, avec à chaque fois la référence à son maître, Jean-Marie Faverge. Par ailleurs, René aimait beaucoup voyager et raconter ce qui l’avait marqué dans ses voyages.

Au revoir René, je garde de toi un très beau souvenir.

Francis Six

Professeur honoraire d’ergonomie

Hommage d’Annie Drouin

René, c’est avec tristesse que je me retrouve devant cette page blanche.

J’ai fait ta connaissance en 1978 lors d’un des congrès de la SELF à Bruxelles et je t’ai retrouvé avec plaisir dans les différentes manifestations organisées plus spécifiquement par la communauté belge, que ce soit lors de congrès de la SELF à Louvain, à Bruxelles, à Liège… ou lors de colloques axés sur les nouvelles technologies à Nivelles dans les années 1990.

Et que dire de nos participations au comité scientifique d’Ergo’IA à partir des années 1990, et des soirées mémorables très sérieuses au départ lors des repas avec la Chambre de commerce, suivies d’une ambiance nettement plus détendue au Rocher de la Vierge à Biarritz.

Dans les années 2000, nous avons entamé une collaboration dans les enseignements à Paris 1 chez François Hubault, essentiellement axés sur les NTIC, domaine dans lequel nous étions plongés jusqu’au cou dans nos activités professionnelles et universitaires.

Dans les années 2010, tu nous as rejoints à la commission histoire de la SELF. Une aventure qui nous a permis de recueillir les parcours de ceux et celles qui ont construit notre communauté et de ceux et celles qui assurent la relève.

Et oui, des rencontres professionnelles au fil du temps qui nous ont amenés à franchir le pas vers des relations privées et amicales !

René, tu viens de fermer une page de notre belle histoire mais je te garde une place dans mon cœur !

Annie Drouin

Ergonome retraitée

Hommage de Marianne Lacomblez

Je n’étais pas dans la même promotion que René lors de notre formation de base en ‘psychologie industrielle’ à l’ULB – et, au-delà de rencontres fortuites, il nous a fallu bien des années pour nous connaître davantage. Ce fut finalement un projet financé par la Commission européenne, dans le cadre du programme ALFA (Amérique Latine Formation Académique), qui nous a permis de poursuivre ce qui, au bout du compte, était du ressort de la bonne complicité. Il s’agissait d’encadrer la mobilité de doctorants ergonomes ou psychologues du travail provenant d’universités belges, françaises, portugaises, brésiliennes, mexicaines et vénézuéliennes. Durant quatre ans, avec Catherine Teiger, j’ai coordonné ce projet, conçu dans ses détails en 1997 à Brasilia. Ce furent plusieurs jours de travail intense mais convivial où nous avons tous apprécié ce cocktail propre à la personnalité de René, fait de son engagement, son sens de la précision et une bonne humeur contagieuse. Des qualités qui n’ont cessé de tisser ses liens au sein de la SELF – et il nous manquera.

Marianne Lacomblez

Professeur émérite de l’Université de Porto

Le voici préparant une de nos sessions de travail à Brasilia, en 1997 :

Hommage de Francis Cornillie

Sincères condoléances à la famille, merci pour le travail accompli pour le développement de l’ergonomie.

Francis Cornillie

Ergonome Eur.Erg, Hygiéniste Industriel, Ergothérapeute Pensionné

Hommage de François Hubault

Je tiens à dire « au revoir » à René Patesson qui fut longtemps un vrai compagnon, de route intellectuelle – principalement de joute intellectuelle je dois dire… –, et de route amicale – un complice généreux en société, à table…, l’une croisant l’autre, souvent. Ne m’avait-il pas affublé du sobriquet d' »ergosophe »…? Sa gaîté naturelle allait de pair avec une fermeté têtue quand « ça » résistait, ce qui lui a valu quelques inimitiés. Je le revois chez lui, en famille avec quelques collègues, c’était un vrai « vivant ». Il a représenté et animé un courant très actif en ergonomie, qui n’est pas celui qui m’a le plus retenu, mais c’est la raison pour laquelle il fut assez longtemps intervenant dans les enseignements du Master Paris1 pour en témoigner, et un compère au CA de la SELF pour y favoriser les débats nécessaires à la vitalité de notre discipline. Sa mort discrète et connue si tard me touche, comme le témoin d’un abandon que je regrette. Salut camarade ! 

                                                                                   François Hubault


[1] Le 41 rue Gay-Lussac à Paris, où se trouvaient notamment le Laboratoire de psychologie du travail dirigé par Jacques Leplat, et celui d’ergonomie, dirigé par Alain Wisner.

[2] www.ergonomie-self.org/wp-content/uploads/2017/03/Patesson-René.pdf

[3] Drouin, A. (coordinatrice) (2013), Ergonomie, Travail, Conception, Santé, Toulouse, Octarès Editions, 435 p.

Ingénieur de formation, puis psychologue, René a d’abord été chercheur à l’Université libre de Bruxelles dans le laboratoire de Jean-Marie Faverge, qui l’a beaucoup marqué et dont il se sentait proche. Passionné d’informatique, qu’il pratiquait et enseignait, il devint à l’ULB professeur d’ergonomie appliquée à l’informatique, jusqu’à sa retraite.

Président de la SELF de 1992 à 1994, il a été l’organisateur ou co-organisateur de plusieurs congrès de la SELF et de colloques d’ergonomie se rapportant à l’informatique. Il participait activement aux colloques d’Ergo-IA et de l’AFIHM. Il fut aussi à l’origine de la création de la Belgian Ergonomics Society (BES).  Enfin, il était membre de la commission Histoire de la SELF, ayant notamment la charge de mettre en ligne sur le site de la SELF les notifications et publications émanant de cette commission. Il y apportait son engagement et sa bonne humeur.

Pour plus d’informations sur sa carrière, on se reportera à l’entretien avec Michel Pottier en 2008. (Patesson-René.pdf).

La commission Histoire collecte et  publiera un recueil d’hommages à sa mémoire. Si vous souhaitez écrire un texte, vous pouvez l’adresser à pro.f.daniellou@orange.fr .

Le prochain congrès de l’International Ergonomics Association (IEA) se tiendra à Londres du 23 au 25 août 2027, autour du thème : « The Human Advantage: Progress starts with people ».

Le comité technique « Activity Theories for Work Analysis and Design » (ATWAD) lance à cette occasion un appel à contributions. Les propositions peuvent notamment porter sur l’analyse du travail, la prévention des risques professionnels, la santé et la sécurité au travail, la conception, le développement durable ou encore les liens entre territoires et activité de travail.

Les propositions d’ateliers sont également les bienvenues.

Les soumissions sont ouvertes depuis le 1er juillet 2026 et seront closes le 1er novembre 2026. Un webinaire de questions-réponses est également proposé le 15 septembre 2026 à 16h00, heure de Londres, pour accompagner les personnes souhaitant soumettre une contribution.

Dates à retenir

* Clôture des soumissions : 1er novembre 2026

* Notification aux auteurs : 1er février 2027

* Remise des articles définitifs : 1er mars 2027

* Date limite d’inscription des auteurs : 1er mars 2027

* Congrès : 23 au 25 août 2027 à Londres

Les présidents du Comité technique de l’ATWAD, Leïla Boudra & Luciano do Valle Garotti seront ravis d’accueillir vos contributions et de vous offrir l’occasion de partager et de discuter de vos recherches, projets et expériences actuels avec la communauté internationale de l’ergonomie. Ils espèrent vivement que vous vous joindrez à eux lors du congrès pour présenter, discuter et diffuser vos travaux.

Plus d’informations, rendez-vous sur le site du congrès ci-dessous.

« Merveilleuse activité humaine – Propositions pour penser/transformer les champs de pratiques en champs de recherche » par Jean-Marie Barbier paru aux éditions Octarès.

Cette « merveilleuse activité humaine », transformation conjointe du monde et du sujet transformant le monde, est au centre du travail intellectuel de Jean-Marie Barbier. Dans ce livre posthume, il fait le lien entre plusieurs expériences et émotions de vie qui ont fondé son itinéraire personnel, social, professionnel, civique, intellectuelle et sa quête d’y apporter des clés de compréhension. Faisant suite à un ensemble d’autres publications s’inscrivant dans la même préoccupation, il prolonge, reprend et complète la déclinaison de différentes questions de recherche entreprises par l’auteur à l’intention du grand public dans le cadre de blogs scientifiques et complète un outil de travail sur le même objet, le Vocabulaire d’analyse des activités. Cet ouvrage vise trois types de publics : des professionnels des métiers de l’humain, intéressés par la production et l’utilisation d’outils de compréhension de leurs propres pratiques ; des personnes engagées dans des démarches de recherche de type universitaire s’intéressant aux démarches holistes et pragmatiques ; un public plus large sensible au discours social ambiant sur l’expérience, le développement personnel et éprouvant le besoin d’une prise de distance.


Répondre aux attentes de ces publics suppose de considérer les activités professionnelles non pas comme un champ d’application de savoirs produits par la recherche, mais comme un champ d’activités à partir duquel il est possible d’inférer des hypothèses pour la recherche. Tel qu’il a été conçu, ce livre peut être lu de manière continue ou en réponse à une demande spécialisée.

Inversion épistémologique et pas de côté, c’est le cheminement intellectuel proposé par Jean-Marie Barbier à son lecteur.

« La professionnalité en débat – (Se)débattre avec l’incertitude et faire métier en mouvement » sous la direction de Patrick Lechaux est paru aux éditions Octarès.

Cet ouvrage est né du constat d’un certain paradoxe. D’un côté, la notion de professionnalité s’est largement diffusée dans les champs de la recherche et de la formation, devenant une forme de catégorie ordinaire, autant pratique que théorique. Et de l’autre, elle n’est qu’exceptionnellement définie, y compris par les chercheurs. Les formateurs tendent à l’assimiler à l’identité professionnelle, utilisant assez indifféremment l’une ou l’autre notion. Tandis que les chercheurs qui mobilisent la « professionnalité » oscillent en général entre le pôle du travail bien fait et le pôle de l’identité professionnelle. Bref, autant catégorie de la pratique que catégorie épistémique, à bien des égards point aveugle des travaux relatifs aux questions du travail, de la formation et de la professionnalisation, il y avait un défi à relever : mettre à l’épreuve le potentiel heuristique de la notion de professionnalité. 

L’ouvrage propose ainsi de mettre en débats les usages de la notion en reconstituant la généalogie de sa diffusion, depuis son introduction dans le champ de la sociologie du travail il y 50 ans. Et en donnant la parole aux deux figures faisant principalement référence à propos de la professionnalité, plutôt du côté de l’identité professionnelle pour l’une, et, du côté d’une approche pragmatiste des pratiques professionnelles pour l’autre. Une autre mise en débats consiste à explorer les éclairages apportés par une diversité de cadres théoriques ou de perspectives ouvertes par le couplage de la notion de professionnalité avec des notions voisines (disposition, savoirs, culture professionnelle, éthique, engagement corporel et temporel, etc.).

Dans un second temps, l’ouvrage met la notion de professionnalité à l’épreuve d’une conception anthropologique du travail, d’orientation pragmatiste, en vue d’explorer ce qu’une approche écologique et relationnelle des métiers en actes pour et avec autrui, fait à la professionnalité, du côté du co-engagement professionnel-autrui au cœur des transactions professionnels-autrui et environnement. Opérant ainsi un déplacement radical puisque la professionnalité se conjugue alors au pluriel, comme une professionnalité distribuée entre d’un côté les « styles » d’intervention des professionnels de métier et de l’autre l’art de faire des usagers avec les dispositifs et les services des professionnels qui les ont mis « au travail » sur eux-mêmes. 

Ce déplacement ouvre ainsi la porte à des « approches cliniques de la professionnalité » en formation. En prenant pour matière première cette expérience de la co-activité, dans ses dimensions sensible, affectuelle, cognitive, axiologique, identitaire. Et en mobilisant des démarches qui, via divers dispositifs pédagogiques, engagent les acteurs en présence à se mettre en enquête, à chercher à emprunter la perspective de l’autre, à s’auto-confronter aux traces de son activité, à mettre en récit pour soi et pour autrui cette activité, … 

En appui sur des travaux empiriques dans les champs de l’éducation, du soin et du travail social, cet ouvrage s’adresse aux chercheurs, aux formateurs et aux étudiants. 

Patrick Lechaux a dirigé l’ouvrage sur Les défis de la formation des travailleurs sociaux (2022) et publié divers travaux sur les transformations conjointes du travail, des publics, des apprenants et des dispositifs de professionnalisation dans le champ du travail social/intervention sociale.

Sylvie Montreuil a obtenu en 1981 une maîtrise de relations industrielles à l’Université Laval (Québec), qu’elle a complétée par des formations en santé-sécurité du travail à Laval et à Rimouski. Elle suit ensuite en 1983-1984 la formation d’ergonomiste temps-plein au CNAM, soutient un DEA d’ergonomie à Paris XIII en 1985, puis sa thèse de doctorat sous la direction d’Antoine Laville en 1990. Elle est recrutée en 1991 au département de relations industrielles de l’Université Laval, où elle développe avec plusieurs collègues, notamment Marie Bellemare, un cursus d’ergonomie au sein de la chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail, et où elle franchit tous les grades universitaires canadiens jusqu’à l’éméritat. Ce sont plus de 30 ans consacrés à la construction et au développement de l’ergonomie dans une même université.

Ses recherches, souvent financées par l’Institut Robert Sauvé en santé sécurité du travail (IRSST), ont porté sur de nombreux secteurs : scierie, conditionnement pharmaceutique, fabrication des tapis aux alumineries, pêche au homard, en passant par les bibliothèques publiques et la bureautique. Ses publications ont porté notamment sur la formation des opérateurs et des « représentants paritaires » comme composante de l’intervention ergonomique, en particulier dans les actions de prévention des TMS. Elle a été active dans la naissance et le développement du réseau « ergonomie et formation » de l’IEA à partir de 1994 dans une complicité constante avec Catherine Teiger, et a développé de nombreux partenariats internationaux, en particulier avec la France et le Portugal, allant ainsi à la rencontre de collaborations plus ponctuelles avec des collègues brésiliens.

Pour favoriser le développement de l’ergonomie à l’Université Laval, Sylvie a accepté d’assumer de nombreuses tâches politico-administratives, notamment au poste de vice-doyenne de la Faculté de sciences sociales. Elle était engagée dans divers comités scientifiques de revues, telles que Safety Science, Relations industrielles / Industrial Relations, Laboreal, Éducation Permanente. Elle a encadré plusieurs thèses en ergonomie. Pédagogue reconnue, elle a marqué celles et ceux qui l’ont connue par sa générosité, sa droiture, son humilité et sa joie de vivre. Elle a fait preuve de ces qualités pendant ces dernières années, où elle s’est battue, longtemps victorieusement, contre un cancer du cerveau.

la SELF renouvelle pour la 4ème année consécutive un concours auprès des étudiants en Master2 d’ergonomie reconnus Ergonome.s Junior.s Certifié.e.s par le CE2. L’objectif proposé est de produire une vidéo de format court (5 minutes maximum) sur leur intervention de fin d’étude, avec pour cible le grand public. 

Le caractère original et pédagogique sera évalué par un jury composé de membres du conseil d’administration de la SELF. Les trois lauréats remporteront un prix respectivement de 200€, 100€ et 50€ couplé à un abonnement à la revue santé travail.

Ces vidéos ont pour objectif de développer la communication de la pratique des ergonomes au sein du grand public, et en bénéfice secondaire valorisera le travail des étudiant.e.s qui pourront l’utiliser comme support pour une recherche d’emploi par exemple. Les vidéos seront diffusées sur la chaine Youtube de la Self et relayées sur les réseaux.

La date limite d’envoi des vidéos est le 31 décembre 2026 à l’adresse groupe-recherche@ergonomie-self.org.

Guide de réalisation de la vidéo

La vidéo précisera :

A titre indicatif, la vidéo peut aborder tout ou partie des éléments structurants de l’intervention, à savoir :

Dans le cadre de ses missions de soutien à la recherche, la SELF lance un appel à projets destiné à soutenir financièrement des activités contribuant au développement de recherches en Ergonomie portées par des chercheur.e.s ou jeunes chercheur.e.s.

Cet appel vise en particulier à accompagner des besoins liés à la formation, la rédaction scientifique, la traduction, la diffusion internationale des travaux, etc.

Une enveloppe financière de 2000€ est prévue cette année, et sera répartie à hauteur de 4 projets maximum, pour soutenir des projets qui devront être réalisés au cours de l’année 2027.

Les candidatures doivent être portées par une personne membre de la SELF à jour de ses cotisations, affiliée à une équipe de recherche, et dont l’activité scientifique s’inscrit en Ergonomie. La dimension internationale du projet sera valorisée mais n’est pas un critère excluant.

Les candidatures sont à formaliser en suivant le trame de dossier proposée, et seront examinées par une commission composée de membres du groupe recherche de la SELF.

Les dossiers de candidature incomplets ne pourront pas être examinés.

Les dossiers qui défendent un intérêt individuel ou commercial ne pourront pas être retenus.

Les dossiers de candidature sont à envoyer à l’adresse suivante : groupe-recherche@ergonomie-self.org

Les bénéficiaires de ce soutien s’engagent à adresser à la SELF, au terme du projet, un bref bilan présentant l’utilisation du financement et sa contribution à l’avancement du projet de recherche.

Le calendrier de soumission est le suivant :

Date de retour de la commission : 20/11/2026

« Usage de soi, Vie et Valeur » de Yves Schwartz paru chez Octares Editions.

L’idée qu’il existe toujours un écart entre le travail prescrit et le travail réel, mise au jour il y a plus de 50 ans, est entrée dans les savoirs reconnus. Il reste à entendre que cet écart caractérise tout agir humain, témoignant de l’existence universelle d’un « usage de soi » dont Yves Schwartz dans ce livre analyse l’émergence dans l’histoire du vivant : s’il veut vivre à peu près en santé, aucun individu ne peut renoncer à une existence singulière construite dans la rencontre avec ce que les autres exigent de lui. Obstinément, il essaie de reprendre l’initiative dans un champ de contraintes.


Cette découverte de l’usage de soi et sa définition avaient besoin d’une confrontation aux récents développements de plusieurs disciplines qui étudient les réalités humaines. C’est une partie importante de ce que propose ce nouvel ouvrage. Mais son actualité politique n’est pas moindre : quelles conséquences pour le gouvernement du travail et pour la vie démocratique si l’on assume que l’activité est toujours « usage de soi » dans le sens que donne Yves Schwartz à ce concept ?

Octarès Éditions publient le texte intégral de la seconde édition (Anact, 1997) de cet ouvrage de référence avec un avant-propos inédit de François Daniellou. La présentation qui suit, et les fonctions des auteurs, sont celles de la couverture originelle.

L’objet de cet ouvrage est d’aider à construire un point de vue sur l’activité de travail dans ses relations avec le fonctionnement de l’entreprise. Les auteurs explicitent la manière dont « l’activité réelle » des opérateurs traduit et reformule les conditions matérielles et organisationnelles du travail. C’est cette activité réelle qui contribue à produire les richesses de l’entreprise, mais aussi à donner le sens que chacun attribue individuellement et collectivement au travail. D’où la nécessité de la prendre en compte dès l’amont, en élargissant le collectif de conception et tes objectifs de la conception.


L’analyse de l’activité et sa compréhension sont présentées comme un moyen permettant :
– de mieux connaître et d’expliquer les relations entre les conditions de réalisation de la production et la santé des salariés ;
– de proposer des pistes de réflexion utiles pour la conception des situations de travail ;
– d’améliorer l’organisation des systèmes sociotechniques, la gestion des ressources humaines et par conséquent la performance de l’entreprise dans sa globalité.


L’association de différents acteurs dans l’entreprise à la mise en œuvre de cette démarche doit permettre une meilleure anticipation et donc une plus grande maîtrise des processus de transformation du travail.


Réunis pour formaliser dans ce livre une pratique d’intervention s’appuyant sur un référentiel riche et diversifié de situations concrètes et sur une démarche scientifique, les auteurs ont largement contribué au développement de l’analyse ergonomique du travail et à son enseignement.

F. Guérin, directeur général adjoint de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, responsable de la Mission Synthèse.
A. Laville, directeur du Laboratoire d’ergonomie physiologique et cognitive de l’École pratique des hautes études.
F. Daniellou, professeur d’ergonomie, Université de Bordeaux, directeur du Laboratoire d’ergonomie des systèmes complexes.
J. Duraffourg, professeur d’ergonomie à l’Université d’Aix-Marseille, directeur d’Activité SARL.
A. Kerguelen, ingénieur d’études au Centre national de la recherche scientifique