La forme de prescription par rapport à laquelle s’est construite l’ergonomie de l’activité est la prescription taylorienne, tentative de prédiction et de contrôle sans limite, à la fois de ce qu’il y a à faire, et de la façon de le faire. Tentative de «confinement» total qui définit le confinement comme «l’action (matérielle ou immatérielle) des concepteurs visant à rendre le travail prescriptible et prédictible». D’innombrables travaux ergonomiques ont mis en évidence la folie de cette volonté de prescription totale, du fait de l’inévitable variabilité qui règne dans toute situation de travail. Le travail humain est toujours nécessaire pour faire face à l’événement. Cette dénonciation du paradigme taylorien a produit de nombreux concepts majeurs pour l’ergonomie, vite reconnus comme essentiels également par d’autres disciplines : la différence entre travail prescrit et travail réel, la variabilité industrielle, les régulations mises en place par les travailleurs, la dimension cognitive de tout travail, la nécessité d’introduire des marges de manœuvre dans la conception des postes de travail, le rôle de l’expérience, etc. Mais cette configuration historique a également conduit les ergonomes, pour la plupart, à un rapport intime confusément négatif à la notion même de prescription. Chacun de nous a pu avoir l’impression que contribuer à des prescriptions pouvait d’une façon ou d’une autre le rendre complice de l’entreprise taylorienne.
Or, de nombreux constats nous invitent à reprendre à nouveaux frais cette question. Nous évoquerons successivement le déficit de prescription et la diversité des sources de prescriptions. Puis nous tenterons d’en tirer quelques conséquences concernant les «prescripteurs de métiers» (les concepteurs, les préventeurs, l’encadrement et la maîtrise) et le travail des ergonomes.
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