Pierre Pastré est décédé le 30 octobre, à 85 ans.
Il a été l’initiateur de la didactique professionnelle, qu’il a en quelque sorte baptisée en 1992 dans sa thèse « Essai pour introduire le concept de didactique professionnelle » avec le sous-titre : « rôle de la conceptualisation dans la conduite de machines automatisées ».
Son approche a nourri une école de recherche et de pratiques analysant le processus de conceptualisation au travail pour élaborer des situations de formation.
Un double souci a marqué les productions scientifiques de Pierre : un travail approfondi de conceptualisation de la discipline et des analyses de l’activité des acteurs du terrain, portées par une grande implication personnelle pour assimiler les concepts étayant cette activité – et développés à travers elle.
La notion de « concept pragmatique » qu’il a introduite est une clé pour rendre compte de ce qu’on observe dans le travail et maîtriser la transposition dans les situations de formation, en particulier dans les simulations.
Son dernier ouvrage, « La didactique professionnelle. Approche anthropologique du développement chez les adultes. Formation et pratiques professionnelles», est à la fois un bilan scientifique et un ouvrage très personnel – l’analyse qu’en a faite Jacques Leplat dans Activités (https://doi.org/10.4000/activites.2645) est une incitation à le lire – ou le relire.
Nous perdons un chercheur majeur, et l’homme attachant nous manque.
Janine Rogalski
Le dernier ouvrage publié par les éditions Octarès est publié sous la direction de Paul Bouffartigue, Caroline Lanciano-Morandat et Claude Paraponaris, et intitulé « Jean-Pierre Poitou – De la psychologie expérimentale à l’anthropologie des connaissances ».
Résumé :
Jean-Pierre Poitou (1936-2017), connu surtout pour ses recherches sur les dimensions historiques et sociales de la Conception Assistée par Ordinateur (CAO), était une personnalité forte et singulière, aux engagements multiples : professionnels – en tant que chercheur CNRS en psychologie et psychosociologie ; artistiques – sous le nom de Le Rouzic ; et militants. Ce livre rassemble des contributions et des témoignages d’amis et collègues éclairant sa personnalité, son parcours scientifique, son œuvre. Comment, initialement psychologue expérimental, est-il devenu un pionnier de l’anthropologie des connaissances ? Au travers de son itinéraire intellectuel – de ses débuts aux côtés de Paul Fraisse à l’inscription de ses réflexions sur la gestion des connaissances dans la tradition de la psychologie historique initiée par Ignace Meyerson, en passant par sa critique althussérienne de la « dynamique des groupes » – c’est toute une page de l’histoire des sciences sociales et de la psychologie du travail qui est ici mise au jour.
Le 10 octobre dernier, France 2 a diffusé un documentaire intitulé « Nous les ouvriers » qui retrace l’histoire et l’évolution du monde ouvrier, depuis la révolution industrielle du textile au XIXème siècle à aujourd’hui.
Le documentaire est disponible en replay jusqu’au 17 février 2024.
Résumé :
C’est l’histoire de femmes et d’hommes qui à la force de leurs bras ont façonné la puissance industrielle de la France. Longtemps, il y eut parmi eux des enfants. Souvent, on a dû faire appel à des immigrés pour venir faire tourner les usines. Tous se sont battus pour inventer les normes sociales de notre pays. Et aujourd’hui encore, chacun d’entre nous connaît, dans sa famille ou dans son entourage, un ouvrier.
Après le succès de Nous paysans et ses 5,5 millions de téléspectateurs, Fabien Béziat et Hugues Nancy retracent l’incroyable épopée des ouvriers français.
Grâce à des archives exceptionnelles et des témoignages bouleversants, cette grande fresque parcourt un siècle et demi d’histoire pour rendre hommage à ces femmes et à ces hommes trop souvent absents de nos mémoires et devenus presque invisibles alors que près d’un quart des Français sont des ouvriers.
Aujourd’hui, ce sont eux qui prennent la parole dans ce film collectif écrit en leur nom. Ouvriers d’hier et d’aujourd’hui, venus de tout le pays et de tous les corps de métier, nous racontent ainsi cette aventure industrielle dont ils resteront à jamais les héros.
Cette histoire est bien sûr la nôtre, celle d’une société entrée dans la modernité au rythme du monde ouvrier, avec ses luttes, ses crises et ses espérances.
Le RJCE (Réseau des Jeunes Chercheurs en Ergonomie) publie un nouveau volume de « C’est quoi cette thèse » qui a pour objectif de vulgariser et valoriser les sujets, les concepts, et les enjeux développés au sein des travaux de recherches des doctorants en Ergonomie, membres de l’association.
Ce volume spécial Université de Bordeaux, Equipe d’Ergonomie des Systèmes Complexes est constitué d’un édito présenté par Johann PETIT et de 6 thèses encore en cours de réalisation. Vous y trouverez les travaux de :
- Camille BACHELLERIE
- Claire VIOLLEAU
- Latifa BENREZKALLAH
- Clara SIMILOWSKI
- Juliette TRAN
- Alexandra WARTEL
Si vous aussi vous êtes en thèse et souhaitez vulgariser vos travaux par ce biais, contactez nous à association.rjce@gmail.com
Michel Llory, ingénieur de formation, a dirigé le département Études de sûreté et de fiabilité (ESF) à la Direction des études et recherches d’EDF, où il a notamment contribué au développement des études sur simulateurs de situations incidentelles dans les centrales nucléaires. Il a ensuite exercé comme consultant en créant l’Institut du travail humain. Il a publié plusieurs ouvrages sur les dimensions organisationnelles des accidents industriels, en particulier Accidents Industriels, le coût du silence – Opérateurs privés de parole et cadres introuvables (L’Harmattan, 1996), ainsi que des romans ancrés dans le pays catalan.
L’entretien réalisé en 2023 avec Michel Llory par la commission histoire(s) est disponible sur le site de la SELF.
La cérémonie d’adieu aura lieu samedi 23 septembre à 12 h 30 au crématorium OFC, 196 avenue de Perpignan, 66140 Canet-en-Roussillon, suivie d’un moment de partage avec la famille au domicile.
Une offre de thèse CIFRE en ergonomie est proposée sur le sujet suivant : « Digitalisation, Tertiarisation, Evolution des populations au travail : Développement de ressources de l’activité dans un contexte de triple transition industrielle »
L’encadrement de la thèse est prévu de la façon suivante :
- au Cnam, au sein du CRTD, par Flore Barcellini (directrice de thèse) et Willy Buchmann (co-encadrant)
- au Cnam, au sein du CESI-LINEACT, par Lucie Cuvelier (co-encadrante)
- à Airbus Helicopters, par Laurence Belliès
Début de contrat : janvier 2024
Dates clés pour candidater :
- dossier de candidature à envoyer avant le 4 septembre
- entretien le 25 septembre
Un nouvel ouvrage intitulé « Psychologie du travail digitalisé : nouvelles formes de travail et clinique des usages » de Marc-Eric Bobillier-Chaumon vient de paraître aux éditions Dunod.
Résumé : Les nouvelles formes de travail (travail hybride et distanciel, algorithmisation de l’activité, flex-office…) et l’arrivée de technologies émergentes (IA, robot, technologies immersives et ubiquitaires…) bousculent aujourd’hui profondément notre rapport au travail, à nous-mêmes ainsi qu’aux autres.
Ce n’est pas seulement le contenu et la nature du travail à faire qui se reconfigurent, c’est également la manière de faire ce travail qui se trouve remaniée. Les professionnels sont malheureusement trop peu associés à ces transformations qui les touchent pourtant au premier chef. Ils sont vus au mieux comme la simple variable d’ajustement d’un projet qui les dépasse, au pire comme les exécutants dociles d’une technologie qui devient le maître de ceux qu’elle était censée servir.
Ce qui est alors souvent présenté comme un vecteur de progrès et d’efficacité au travail impose en fait des renoncements à ce que le sujet s’efforce de construire à l’échelle de son métier, en matière de compétences et de gestes professionnels, de règles de travail et de critères de qualité, d’initiatives individuelles et collectives. Ces empêchements dégradent alors les conditions d’exercice de son activité, fragilisent son engagement subjectif et compromettent sa santé au travail.
Cet ouvrage aborde la question des transformations digitales et des mutations du travail qui en découlent, en portant une réflexion critique sur les évolutions sociotechniques qui touchent le travail contemporain. Il cherche aussi à accompagner la conception d’un futur du travail qui soit socialement acceptable, professionnellement responsable et humainement soutenable.
Les éditions Octares publient « Pouvoirs au travail – Management, statuts et autonomie dans les situations de travail contemporaines« , sous la direction de Fabien Brugière, Dominique Glaymann et Guillaume Tiffon.
Résumé : Injonctions managériales, savoirs professionnels, expertises, dispositifs gestionnaires, statuts d’emploi, luttes sociales, expériences autogestionnaires… Le monde du travail est traversé par diverses formes de pouvoir et de contre-pouvoir, des plus acceptées au plus contestées, que cet ouvrage se propose d’explorer.
Les éditions Octares publient l’ouvrage « Vers une approche écologique de l’agir humain en éducation et formation« , sous la direction de Jérôme Guérin, Stéphane Simonian et Joris Thievenaz.
Résumé : Cet ouvrage, fruit d’un travail conduit depuis plusieurs années par un collectif d’enseignants-chercheurs en Sciences de l’éducation et de la formation, propose une première formalisation d’un chantier visant à délimiter les contours d’une approche écologique de l’agir humain en éducation et formation.
En s’appuyant sur une variété d’enquêtes conduites sur et en partenariat avec différents milieux professionnels (santé, architecture, enseignement scolaire, formation professionnelle, etc.), l’ambition de cet ouvrage consiste à proposer un cadre d’analyse pluri-référencé permettant d’analyser les interrelations entre les sujets et leurs environnements ainsi que leurs transformations dans le cadre d’écosystèmes variés considérés comme des totalités complexes.
Il s’agit ce faisant de proposer des conceptualisations plus intégrées de l’analyse de l’activité et des environnements de formation et/ou de travail finalisés par le développement humain.
Né en Octobre 1921, Jacques Leplat est décédé en Avril 2023 dans sa 102èmeannée.
Comme il l’explique dans l’interview qu’il avait accordée à la Commission d’Histoire de la SELF [1] sa longue carrière a toujours été guidée par sa volonté de développer la psychologie du travail et d’en faire reconnaître le caractère scientifique. Il pensait que ses recherches trouveraient leurs débouchés en ergonomie mais que, en raison de son interdisciplinarité, celle-ci ne pouvait se réduire aux seules données de la psychologie.
Vers 1950, les premières années de J. Leplat au CERP (Centre d’Études et de Recherches Psychotechniques), alors dirigé par J.M. Faverge, ont été marquées par l’arrivée en France, de « l’ Human engeeniring ». Alors que le terme « d’ergonomie » n’existait pas encore, « L’ adaptation du travail à l’homme », écrit en collaboration avec B. Guiguet et ses premières études avec R. Browaeys notamment sur le continu à filer, ont fait de J. Leplat un des pionniers en matière d’analyse du travail, essayant d’apporter une rigueur scientifique à l’observation sur le terrain qu’il voulait liée à l’expérimentation.
En 1958, au départ de Faverge en Belgique, Leplat prit la direction du CERP, remplaçant le terme « psychotechnique » par « psychologique ». Les principaux axes des analyses du travail portaient sur l’informatisation, l’analyse des accidents, la formation. Il s’agissait des premières analyses de l’activité cognitve en situation de travail. Elles concernaient la prise et le traitement des informations, leurs difficultés de compréhension. Au plan théorique, elles marquaient un passage du behaviorisme au cognitivisme. C’est à cette époque que J. Leplat a développé la distinction entre tâche et activité et le modèle de la double régulation qui sont devenus des notions de base en ergonomie, ainsi que la méthode de l’arbre des causes pour analyser les accidents, largement reprise et diffusée par l’INRS (Institut National de Recherches sur la Sécurité).
Le développement des études, le rapport avec ses collègues d’autres disciplines ont été largement soutenus par le Commissariat Général à la Productivité, dans le cadre de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) dont l’organisation a marqué le début des recherches internationales sur le travail.
En 1966, J. Leplat quitte le CERP pour L’EPHE (Ecole Pratique des Hautes Études) installé dans les locaux de l’INETOP, 41 Rue Gay-Lussac, où il succède à R. Bonnardel. Il réoriente complètement le laboratoire jusqu’alors consacré à la mise au point de tests pour la sélection et l’orientation professionnelle, vers un autre aspect de la psychologie du travail. Il y développe une équipe dont les membres sont tous rattachés au CNRS à l’exception d’une maitre de conférence. Les préoccupations théoriques dominent alors dans l’analyse des situations : théorie soviétique de l’activité, théorie du développement cognitif dans la ligne de Piaget, cognitivisme, sémiologie. Assumant que la réalité déborde toujours le modèle, Leplat reste ouvert à cette diversité en s’assurant de la rigueur méthodologique des recherches et de la qualité des publications.
En 1989, Jacques Leplat prend une retraite très active : jusqu’à 2020, il a écrit des ouvrages, republié les textes qu’il jugeait essentiels dans l’histoire de l’analyse et de la psychologie du travail. Pendant toute sa carrière, il a accordé une grande importance à la diffusion des connaissances et a dirigé pendant plusieurs années « Le Bulletin du CERP » puis « Le travail Humain ».
Impossible de parler ici de toutes les thèses qu’il a dirigées, de tous les congrès auxquels il a participé, des institutions qu’il a pu conseiller. J’évoquerai seulement la SELF dont il a été l’un des fondateurs en début de carrière et et le GRESHTO (Groupe de Recherches sur l’Histoire du Travail et des Organisations) dont il a assumé la direction scientifique après sa retraite.
Leplat a été un patron de laboratoire exigeant, toujours respectueux de ses chercheurs et de toutes les personnes qui ont travaillé avec lui. Ceux qui l’ont connu, toujours souriant, affable et d’humeur égale, se rappelleront son amour pour la montagne, ses récits de randonnées qu’il a poursuivies même seul jusqu’à un âge avancé et se souviendront de lui montant les quatre étages vers son laboratoire d’un pas allègre qui faisait pâlir des bien plus jeunes que lui.
[1] https://ergonomie-self.org/wp-content/uploads/2016/07/Jacques-Leplat.pdf