Né en Octobre 1921, Jacques Leplat est décédé en Avril 2023 dans sa 102e année.
Comme il l’explique dans l’interview qu’il avait accordée à la Commission d’histoire de la SELF[1], sa longue carrière a toujours été guidée par sa volonté de développer la psychologie du travail et d’en faire reconnaître le caractère scientifique. Il pensait que ses recherches trouveraient leurs débouchés en ergonomie mais que, en raison de son interdisciplinarité, celle-ci ne pouvait se réduire aux seules données de la psychologie.
Vers 1950, les premières années de J. Leplat au CERP (Centre d’Études et de Recherches Psychotechniques), alors dirigé par J.M. Faverge, ont été marquées par l’arrivée en France, de « l’ Human engineering ». Alors que le terme d’« ergonomie » n’existait pas encore, « L’ adaptation de la machine à l’homme », écrit en collaboration avec J.M. Faverge et B. Guiguet, et ses premières études avec R. Browaeys notamment sur le continu à filer, ont fait de J. Leplat un des pionniers en matière d’analyse du travail, essayant d’apporter une rigueur scientifique à l’observation sur le terrain qu’il voulait liée à l’expérimentation.
En 1958, au départ de Faverge en Belgique, Leplat prit la direction du CERP, remplaçant le terme « psychotechnique » par « psychologique ». Les principaux axes des analyses du travail portaient sur l’informatisation, l’analyse des accidents, la formation. Il s’agissait des premières analyses de l’activité cognitive en situation de travail. Elles concernaient la prise et le traitement des informations, leurs difficultés de compréhension. Au plan théorique, elles marquaient un passage du behaviorisme au cognitivisme. C’est à cette époque que J. Leplat a développé la distinction entre tâche et activité et le modèle de la double régulation qui sont devenus des notions de base en ergonomie, ainsi que la méthode de l’arbre des causes pour analyser les accidents, largement reprise et diffusée par l’INRS (Institut National de Recherches sur la Sécurité).
Le développement des études, le rapport avec ses collègues d’autres disciplines ont été largement soutenus par le Commissariat général à la productivité, dans le cadre de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) dont l’organisation a marqué le début des recherches internationales sur le travail.
En 1966, J. Leplat quitte le CERP pour l’EPHE (École pratique des hautes études) installé dans les locaux de l’INETOP, 41 Rue Gay-Lussac, où il succède à R. Bonnardel. Il réoriente complètement le laboratoire, jusqu’alors consacré à la mise au point de tests pour la sélection et l’orientation professionnelle, vers un autre aspect de la psychologie du travail. Il y développe une équipe dont les membres sont tous rattachés au CNRS, à l’exception d’une maitre de conférence. Les préoccupations théoriques dominent alors dans l’analyse des situations : théorie soviétique de l’activité, théorie du développement cognitif dans la ligne de Piaget, cognitivisme, sémiologie. Assumant que la réalité déborde toujours le modèle, Leplat reste ouvert à cette diversité en s’assurant de la rigueur méthodologique des recherches et de la qualité des publications.
En 1989, Jacques Leplat prend une retraite très active : jusqu’à 2020, il a écrit des ouvrages, republié les textes qu’il jugeait essentiels dans l’histoire de l’analyse et de la psychologie du travail. Pendant toute sa carrière, il a accordé une grande importance à la diffusion des connaissances et a dirigé pendant plusieurs années « Le Bulletin du CERP » puis « Le Travail humain ».
Impossible de parler ici de toutes les thèses qu’il a dirigées, de tous les congrès auxquels il a participé, des institutions qu’il a pu conseiller. J’évoquerai seulement la SELF dont il a été l’un des fondateurs en début de carrière et le GRESHTO (Groupe de recherches sur l’histoire du travail et des organisations) dont il a assumé la direction scientifique après sa retraite.
Leplat a été un patron de laboratoire exigeant, toujours respectueux de ses chercheurs et de toutes les personnes qui ont travaillé avec lui. Ceux qui l’ont connu, toujours souriant, affable et d’humeur égale, se rappelleront son amour pour la montagne, ses récits de randonnées qu’il a poursuivies même seul jusqu’à un âge avancé et se souviendront de lui montant les quatre étages vers son laboratoire, d’un pas allègre qui faisait pâlir d’envie de bien plus jeunes que lui.
Les textes des hommages peuvent être consultés en cliquant sur ce lien.
Pour la commission « histoire » de la SELF,
Annie Weill-Fassina
[1] https://ergonomie-self.org/wp-content/uploads/2016/07/Jacques-Leplat.pdf
Après une absence liée à des problèmes techniques, c’est le retour de la lettre d’information de la SELF !
La lettre d’information de la Société d’Ergonomie de Langue Française a été créée en 2009 par Sylvain Leduc et Annie Drouin avec pour objectif de communiquer auprès de ses adhérents de façon rapide et réactive les actualités non pérennes de l’ergonomie et des ergonomes, au fil de l’eau. Le site web étant le support des informations stabilisées et consultables sur le long terme. A la fin de leur mandat en 2013 des deux administrateurs du site, c’est René Patesson qui a pris la relève pour la mise à jour de SELF-Express. Au fil des mandats, Eric Liehrmann, puis Camille Thomas ont pris la suite.
Depuis début 2019, les modalités de la lettre d’information SELF-Express ont changé pour offrir un rendez-vous mensuel à ses adhérents. Ce format vise à partager chaque mois l’ensemble des informations recueillies sur cette période. Ce format vise ainsi un contenu varié et plus complet. Les informations à caractère urgent telle que l’annonce d’un décès au sein de notre communauté continueront cependant de faire l’objet d’une édition spéciale dédiée.
En cohérence avec ce changement de modalités de diffusion, le Conseil d’Administration renomme sa lettre d’information, Self@ctu.
Comme SELF-Express depuis début 2019, Self@ctu paraîtra chaque début de mois.
L’inscription à cette lettre d’information nécessite d’être adhérent à la SELF, elle se fait automatiquement au moment de la première adhésion. Il est possible de résilier son abonnement ou de redemander un abonnement à tout moment. Cette opération se fait par mail : self-actu@ergonomie-self.org
N’hésitez pas à continuer de nous communiquer les événements, les parutions et les informations en lien avec l’actualité de l’ergonomie dans la rubrique « contribuer » en première page de notre site internet.
Au plaisir de vous publier dans Self@ctu,
Le Conseil d’Administration de la SELF
À l’occasion de son 60ième anniversaire, la SELF vous invite à travailler ensemble à l’apport de l’ergonomie dans une approche durable des problématiques humaines et sociales. Nous serons ravis de vous accueillir sur l’ile de la Réunion en octobre 2023 dans le cadre de notre 57ième congrès.
Les inscriptions au congrès de la Self 2023 sont ouvertes !
Soucieux de permettre une large participation de tous, les organisateurs ont innové en vous proposant deux modalités d’inscription :
- En présentiel (formule intégrale ou standard)
- En distanciel
Ces formules sont le fruit d’un travail d’adéquation aux conditions économiques et environnementales actuelles.
Pour contacter le comité d’organisation : self2023@c2b-congress.com
La Self réalise une série de vidéos « Travail et débat sociétal : paroles d’ergonomes » qui ont pour point commun et objectif de donner la parole à des ergonomes sur des questions de travail.
Le premier épisode intitulé « Les retraites, une question de travail » donne la parole à Catherine Delgoulet* et Serge Volkoff**, en lien avec la réforme des retraites qui anime aujourd’hui les débats politiques et de société.
Catherine Delgoulet et Serge Volkoff répondent à 5 questions :
- Pourquoi les ergonomes peuvent avoir une place dans le débat sur les retraites ?
- Les conditions de travail ont-elles un impact sur les souhaits de départ à la retraite ?
- Quelles seraient les pistes pour que les seniors puissent travailler dans des conditions de santé ?
- Le dispositif de pénibilité est-il satisfaisant ?
- Qu’apporte le débat sur les retraites à la vision du travail ?
*Catherine DELGOULET Professeure et titulaire de la chaire d’ergonomie du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) Responsable du Master d’Ergonomie Directrice du Centre de Recherches sur l’Expérience, l’Age et les Populations au Travail (CREAPT)
**Serge VOLKOFF Statisticien et Ergonome Chercheur invité au Centre d’Etudes de Emploi et du Travail (CEET) Ancien directeur du CREAPT
Le Groupe de Recherche en Psychologie Sociale (GRePS) et la commission Risques Professionnels et Représentants du Personnel (RP²) de la Self organisent une journée d’étude à Lyon, intitulée « Regards croisés sur le télétravail : quels enjeux pour quels effets ? »
Cette journée est guidée par des éclairages pluridisciplinaires réunissant chercheurs et intervenants en psychologie du travail et ergonomie autour des développements et enjeux du télétravail. Cette journée sera aussi l’occasion de questionner les méthodologies habituellement utilisées pour aborder les relations entre travail, santé et prévention des r isques professionnels.
Cette journée se déroule en présentiel. Elle est gratuite mais une inscription est requise.
Une nouvelle production de la commission « Histoire » : les repères thématiques
Pour faciliter la recherche d’informations dans la centaine d’entretiens réalisés à ce jour par la commission histoire de la SELF, cette dernière rédige des repères thématiques. Le but principal de ces analyses de contenu est de faire ressortir des thèmes abordés dans plusieurs entretiens, de situer et de mettre en relation les points de vue exprimés, d’en montrer éventuellement les évolutions.
Sur cette base, des textes de présentation de divers thèmes ont pour but de rapprocher et de contextualiser les verbatim extraits des entretiens à leur propos. Les premiers repères publiés portent sur des pratiques et des liens avec différents organismes (les relations avec les syndicats, les transformations de la SELF), sur des secteurs investis par l’ergonomie (l’hôpital), ainsi que sur des problématiques particulières (TMS, informatisation du travail, facteur humain). Ils donnent accès directement aux entretiens concernés par des liens hypertextes. Un repère plus spécifique que les autres se présente sous forme d’un tableau Excel qui propose un panorama global des personnes interviewées au travers d’un classement par type d’organisme professionnel de rattachement et champ d’action disciplinaire mobilisé, ce qui peut aider à faire soi-même des choix de thèmes à analyser.
Cette relecture transversale des différents « vécus » pour les mettre en relation et les contextualiser, n’a toutefois pas prétention à se substituer aux ouvrages et publications « savants », manuels, encyclopédies, dictionnaires, articles scientifiques traitant de l’ergonomie.
Pour accéder aux repères thématiques, rendez-vous sur la page de la Commission histoire « l’ergonomie par ceux qui l’ont faite »
Francis Six, Animateur de la commission Histoire, SELF
Alain Lancry, Annie Weill-Fassina, membres de la commission Histoire, SELF
La Commission histoire vous informe de la publication de cinq nouveaux entretiens
Jacques Christol, médecin pédiatre de formation, débute sa carrière dans un laboratoire pharmaceutique, et sensibilisé aux conditions de travail des cadres, des agents de maîtrise, des personnels de laboratoires et des visiteurs médicaux s’oriente ensuite vers l’ergonomie. Il fonde le cabinet d’ergonomie Christol Consultants. Il devient en 1984 le premier président « non académique » de la SELF. Il participa activement à la création et au développement de nombreuses structures centrées sur l’ergonomie et ses interventions comme consultant, outre en France, le conduisirent en Espagne, en Tunisie, aux USA, au Québec.
Solange Lapeyrière a été ergonome interne, puis consultante (cabinet Nuance Ergonomie). Elle a notamment travaillé sur des projets architecturaux, des projets de changement organisationnel, les troubles musculosquelettiques, les risques psychosociaux.
Marianne Cerf est directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Ses travaux portent notamment sur les décisions des acteurs dans la réorganisation des systèmes agro-alimentaires. Elle est directrice éditoriale de la revue Activités.
Alexandre Morais. Après un passage à l’INRIA, Alexandre Morais a d’abord travaillé comme consultant dans l’ergonomie des NTIC et des IHM. De 2004 à 2018, il a été responsable de l’ergonomie à PSA, coordonnant l’action de jusqu’à près de 80 ergonomes positionnés en conception et dans les usines. Il a ensuite repris une activité de consultant.
Michel Llory, ingénieur de formation, a dirigé le département Études de sûreté et de fiabilié (ESF) à la Direction des études et recherches d’EDF. Il a publié plusieurs ouvrages sur les dimensions organisationnelles des accidents industriels, ainsi que des romans ancrés dans le pays catalan.
Chères adhérentes, adhérents et compagnons de l’ergonomie,
Les membres du Conseil d’Administration de la Société d’Ergonomie de Langue Française (SELF) vous présentent ainsi qu’à vos proches, tous nos vœux de santé, bonheur et de belles perspectives pour cette nouvelle année 2023.
Nous espérons qu’elle vous apportera la concrétisation de beaux projets et ensemble nous pourrons réaliser des projets communs. 2022 a permis de nous retrouver ; au Congrès de Genève, dans des espaces d’échanges pour de jeunes praticiens et praticiennes, dans des modes de collaboration avec les associations dans plusieurs manifestations organisées par notre communauté élargie… Tous ces évènements n’auraient pu rencontrer ce succès sans votre participation active. Aussi nous tenons à vous remercier pour votre engagement dans la vie de notre communauté.
Pour l’année à venir, nous espérons que notre association et nos activités vous apporteront satisfaction et que nous pourrons continuer, tous ensemble, à faire vivre et rayonner l’ergonomie de langue française que nous souhaitons diffuser au-delà de notre communauté.
Bonne année à toutes et tous pour 2023 et à très bientôt.
Les membres du Conseil d’Administration
Cher.es collègues et adhérent.es,
Pour la première fois le 12 octobre 2021, le Conseil d’Administration a organisé des ateliers d’échanges avec les adhérents. Leur objectif était de nous retrouver et d’ouvrir un espace pour permettre le partage d’informations entre les membres de la SELF, d’initier la discussion, la controverse, la mise en débat du positionnement des membres de la SELF sur deux sujets d’actualité qui concernent la communauté.
Les ateliers d’échanges ont porté sur deux thématiques : le « titre d’ergonome en France » et « l’ergonome dans la cité ». Nous avons le plaisir de vous adresser une synthèse des points discutés et débattus au cours de ces ateliers.
Sur la forme, ce genre d’évènement est assez souple à mettre en œuvre et permet à partir de deux thématiques, la participation d’un nombre restreint d’adhérents sur un horaire de fin de journée. Chaque thème a facilité les expressions en offrant à tous cette occasion de rencontre en visio, et la possibilité d’ateliers à partir de « salles virtuelles ». L’animation a été assurée par les membres du CA.
Sur le fond, les thèmes ne sont pas proposés à des fins de communications ou de supports scientifiques mais ouverts aux réflexions-échanges pour croiser les points de vue et sortir des cadres habituels.
Les échanges et la diversité des arguments montrent une appétence pour les deux sujets et le débat est loin d’être clos. Nous espérons relancer prochainement des ateliers d’échanges et dans cette perspective, vos propositions de thématiques sont les bienvenues (Cf. formulaire de contact).
J’espère au nom de mes collègues du CA que vous y adhérerez et encore merci pour y avoir participé.
Bien cordialement,
Philippe Negroni
Président de la SELF
32 participants (13 femmes et 19 hommes ; dont 9 non membres de la SELF) ayant presque tous (4 départs) participé aux échanges à propos des deux thèmes, l’un suivant l’autre, au sein de quatre sous-groupes qui ont travaillé dans des salles virtuelles en parallèle.
Animateurs des sous-groupes : quatre binômes (un anime, le second prend des notes) constitués de membres du CA.
Timing :
- 17h – 17h15 : 15mn d’accueil présentation des participants
- 17h15 – 18h: thème ‘Le titre d’ergonome en France’ ou ‘L’ergonome dans la cité’
- 18h15-19h: thème ‘L’ergonome dans la cité’ ou ‘Le titre d’ergonome en France’
- 19h-19h15 : Temps de régulation / pause
- 19h15-19h30 : premières conclusions en plénière
Consensus sur la nécessité de produire une synthèse historique des réflexions concernant ce thème.
Si l’approche spontanée est plutôt non défavorable à l’idée de titre, il y a accord sur le fait qu’il faut instruire davantage la plus-value d’un titre, notamment par rapport au Titre d’Ergonome Européen.
- Parmi les avantages avancés : un titre opposable sur le marché du travail ou aux donneurs d’ordre ; contrer des lobbyings autres qui pourraient s’exercer sans rien de suffisamment fort à opposer et qui cadreraient la pratique de l’ergonomie de l’extérieur
- Sur le plan des risques et contraintes d’un Titre, des modalités de construction de ce titre et de son fonctionnement ultérieur :
- Comment maintenir la maîtrise du processus d’élaboration du titre (la définition des critères) ?
- Comment maintenir la maîtrise de son fonctionnement (notamment pour ce qui relève de l’attribution du titre) ?
- Faudrait-il un ordre des ergonomes avec tout ce que cela implique ?
Le processus peut paraitre lourd voire peu réalisable, compte tenu du droit européen (libre circulation des services[1]). Dans tous les cas, un accompagnement juridique serait nécessaire à une communauté rassemblée (les associations ARTEE, CINOV, SELF, CE2 ont été cités et donc aussi ORME de fait).
[1] Voir, notamment, page 591 et suivantes des Actes du Congrès SELF de Marseille, 2016.
Unanimité sur la nécessité pour les ergonomes de se positionner sur des sujets de société
- Nous avons un regard qui nous est propre.
- Pourtant les ergonomes sont absents de certains débats auxquels d’autres professions participent.
- Or nous avons les ressources pour intervenir ; il faut saisir les opportunités.
- Notre activité professionnelle n’est pas suffisante : on doit nourrir notre activité en faisant quelque chose de plus, par exemple en s’engageant dans des associations.
- Il faut travailler la place de l’ergonomie selon des modalités non pas internes mais externes.
La complexité :
- Il y a dans les entreprises des mouvements qui poussent à mettre de côté la complexité. Que construire en-dehors de l’entreprise, pour réalimenter ce qui s’y passe ?
- Le discours sur la complexité n’est pas porteur. Il y a un cercle vicieux : le travail est complexe, donc on passe beaucoup de temps à l’analyser, donc ça coûte cher, donc on justifie le coût par la complexité… ça interroge le modèle économique de notre activité.
- On a la capacité d’avoir un discours simple et pas simpliste.
Il faut affirmer davantage ce qu’on est et ce qu’on apporte (conseil d’une manager).
- Nous sommes capables d’atteindre des décideurs : managers, DRH, maires et élus locaux, etc. Des ergonomes participent à des manifestations destinées à ces publics.
- Les politiques peuvent-ils s’emparer du travail comme un objet de débat ? Les avis sont partagés. C’est néanmoins une question cruciale, compte tenu des liens entre travail, emploi et régimes politiques (cf. montée des populismes).
Il faudrait développer une stratégie et un plan de communication.
- Dans la communication vers le grand public, la posture critique et la promotion de l’ergonomie peuvent être antagonistes : il faut être capable de tenir les deux.
- Le discours sur le travail peut prendre des formes artistiques, pour toucher un public plus large : photos, illustrations, musique, cinéma, etc.
- Il s’agit de toucher davantage les jeunes, compte tenu de leur précarité croissante et de tout ce qu’ils ont à dire sur le travail.
- La question du genre a été beaucoup étudiée par les ergonomes, sans qu’on sache si elle est remontée au niveau des politiques et des médias, alors que les questions de genre sont très présentes dans l’actualité. L’ergonomie est-elle reconnue comme une discipline qui parle du genre ?
Chères et Chers Membres de la Self, Chères et Chers Collègues,
Comme vous le savez, le prochain congrès de la Self aura lieu à La Réunion, du 17 au 19 octobre 2023. Les préparatifs vont bon train et les organisateurs se démènent pour vous proposer un programme riche et des modalités de participation accessibles au plus grand nombre. Le Conseil d’administration de la Self les en remercie chaleureusement et les assure de son soutien.
Depuis que ce choix a été annoncé, en juillet dernier, des membres du Conseil d’administration ont été approchés par plusieurs personnes, qui leur ont fait part de certaines réserves quant au choix de la localisation du congrès. Les préoccupations exprimées ont porté sur deux éléments :
- L’empreinte carbone liée au déplacement des congressistes ;
- Le coût financier de ce déplacement.
Ces questions sont légitimes et pertinentes. Elles invitent à une réflexion de fond sur le rôle d’une société internationale, sur la diffusion de l’ergonomie de l’activité et, plus globalement, sur le maintien du multilatéralisme, dans une époque marquée par le réchauffement climatique, une croissance des inégalités et une recrudescence des tensions internationales. La vivacité du débat sur le choix du lieu du congrès atteste de la vigueur de notre association et de sa capacité à débattre démocratiquement. Nous saluons ces échanges et l’expression de points de vue divergents.
Dans ce contexte, le Conseil d’administration a souhaité présenter les éléments qui l’ont conduit à faire ce choix, dans une situation qui constitue véritablement un dilemme – une situation complexe, nécessitant de prendre en compte une pluralité d’éléments et qui requiert une approche nuancée.
Il convient tout d’abord de rappeler que, dans les 60 ans d’histoire de la Self, les congrès organisés hors de la France continentale ont constitué une exception : 6 fois en Suisse, 5 fois en Belgique, 1 fois au Luxembourg, 1 fois en Corse, deux fois à Montréal et 1 fois à La Réunion en 2005. Sur les 60 congrès organisés (en comptant celui de 2023), seuls 3 (soit 5%) se sont tenus hors d’Europe. En termes d’empreinte carbone et d’accessibilité financière de ces congrès, le Conseil d’administration est d’avis que la Self se comporte de manière parcimonieuse, et entend continuer ainsi à l’avenir. L’organisation de congrès hors du continent européen restera une exception.
Le fait que la Self organise des congrès hors du territoire national et, exceptionnellement, outre-mer ou outre-Atlantique, se justifie par le caractère international de notre société. Il faut rappeler que nous sommes la Société d’ergonomie de langue française, et non une société française d’ergonomie. Cette dimension internationale s’explique par la diffusion de l’ergonomie de l’activité au-delà des frontières françaises : notre discipline est bien vivante dans des régions aussi variées et éloignées que l’Amérique du Sud, le Québec, l’Afrique francophone ou encore certains pays d’Asie. Un congrès outre-mer est un moyen de nous rapprocher de certains de ces pays. Les relations tissées par nos prédécesseurs avec ces régions ont contribué au rayonnement de l’ergonomie de l’activité ; on peut penser, par exemple, à la collaboration d’Alain Wisner avec l’Organisation Internationale du Travail, et aux diverses missions à l’étranger qu’il a réalisées dans ce cadre.
Le Conseil d’administration est fondamentalement attaché à promouvoir cette dimension internationale, selon la mission qui lui est confiée par les statuts de la Self. L’article premier stipule en effet que « les rôles principaux de l’association sont :
- 1) d’inciter et de faciliter les échanges entre les différentes formes de pratique ergonomique (recherche, intervention, formation);
- 2) de représenter et de défendre l’ergonomie auprès des instances nationales et internationales ».
Ce rôle nous paraît d’autant plus important, dans le contexte actuel. Renforcer le bien-être commun et faire face aux défis sociaux, politiques et environnementaux, à l’échelle de notre planète, nécessite de travailler sur les échanges et sur la connaissance mutuelle, de part et d’autre des frontières et de l’équateur. La crise climatique implique, certes, de réfléchir davantage à la nécessité de nos déplacements ; toutefois, elle ne doit pas conduire à un renfermement territorial. Il est indispensable de préserver des plateformes d’échange et de rencontre à l’échelle mondiale, afin de pouvoir tirer parti des points de vue, des expériences et des réalités de chacun et chacune. La Self a ce rôle à jouer.
Dans cette optique, le Conseil d’administration a présenté récemment un bilan des activités de la Self, lors de la dernière rencontre du Conseil de l’Association internationale d’ergonomie (IEA). Les collègues étrangers nous ont donné des retours très favorables, concernant la richesse, la vigueur et le dynamisme de notre société. A l’annonce du congrès de La Réunion, le président de l’IEA, José Orlando Gomez, nous a encouragés à nous rapprocher des pays francophones d’Afrique, afin de « penser hémisphère sud », compte tenu de l’importance de l’ergonomie de l’activité. Des discussions sont en cours avec l’Organisation internationale du travail ; comme annoncé lors du congrès de Genève, l’OIT est prête à soutenir le congrès de La Réunion, en particulier pour favoriser une collaboration avec Madagascar et l’île Maurice. Des échanges ont également lieu avec des collègues d’Asie, qui ont manifesté un intérêt pour le congrès. Par ailleurs, notre récente présence au congrès sur les TMS en Tunisie nous invite à partager et à collaborer au-delà de nos frontières ; nous sommes sollicités pour poursuivre ce maillage entre sociétés savantes en ergonomie.
A cette dimension internationale s’ajoutent également des enjeux de cohésion à l’échelle nationale. La Réunion fait partie intégrante du territoire national français. Les Réunionnais sont en droit d’attendre, de la part d’une association ayant son siège social en France, une considération égale à celle donnée aux départements situés en métropole. Les revenus du tourisme constituent la première ressource économique de La Réunion. L’île connaît un taux de chômage de 3.5 fois plus élevé que la moyenne française, et une situation économique qui se dégrade. Dans ce contexte, les revenus générés par l’organisation d’un congrès représentent un apport bienvenu et une contribution au développement local.
Les questions de territoire et de développement durable ont pris de l’importance, dans les travaux en ergonomie de l’activité ; ces thèmes figurent d’ailleurs dans la Charte des congrès de la Self. Organiser un congrès à La Réunion, c’est aussi s’inscrire en cohérence avec ces enjeux. En effet, le développement durable ne comporte pas qu’une dimension écologique, mais également un volet social et un volet économique. Déplacer le congrès à La Réunion, après 17 ans d’absence, s’inscrit ainsi dans une recherche de compromis – certes délicate mais néanmoins indispensable – entre écologie, inclusion sociale et perspectives économiques. Les pays riches de l’hémisphère nord sont les principaux responsables des impacts du changement climatique. La prise de conscience écologique que nous observons dans nos pays est indispensable, bien que malheureusement tardive. Elle ne doit toutefois pas conduire à marginaliser davantage les régions moins favorisées.
Pour limiter l’empreinte écologique, les organisateurs ont prévu, pour la première fois dans l’histoire de la Self, un congrès véritablement hybride, avec des communications sur place et des sessions en ligne. C’est un énorme défi logistique et organisationnel, auquel ils s’attaquent avec courage et créativité. La participation en ligne sera proposée à un tarif plus bas que le montant de l’inscription habituel à un congrès Self. De la sorte, l’accès sera facilité pour des personnes ne pouvant assumer le coût d’une inscription et d’un voyage à La Réunion, mais également pour celles dont la participation aux congrès s’avère difficile, même lorsqu’ils ont lieu en métropole. Quant aux personnes qui feront le déplacement à La Réunion, nous les encourageons vivement à réfléchir aux possibilités de coopération, entre eux et aux côtés d’acteurs locaux, pour imaginer des formes d’engagement innovantes (p.ex. en termes d’échange de connaissances et d’expériences et de mise en place de projets locaux, à projeter dans le prolongement du congrès).
Pour terminer, le Conseil d’administration souhaite rappeler que l’organisation des congrès repose sur le bénévolat. Nous sommes heureux que l’équipe du congrès 2023 se soit montrée prête à consacrer beaucoup de temps et d’énergie à ce projet conséquent, dans un contexte de grande incertitude liée à la situation internationale. Lorsque la décision a été prise, au printemps 2022, la candidature de La Réunion était la seule qui nous fût parvenue. Or, depuis 60 ans, la Self organise chaque année un congrès. Celui de 2020 a dû se transformer en journées en ligne, en raison de la pandémie. Un an et demi s’est ensuite écoulé jusqu’au congrès de Genève, lors duquel notre communauté a enfin pu goûter à nouveau aux joies des retrouvailles. Il est essentiel de maintenir des liens forts au sein de notre communauté, et les congrès en sont une composante centrale, offrant des espaces et des temps de partage et de rencontre. Le congrès de La Réunion y contribuera.
Dans cette même perspective, nous vous invitons à mobiliser vos forces pour proposer des lieux et des thèmes pour nos prochains congrès et ainsi nous faire parvenir vos candidatures pour l’organisation des congrès 2024 et suivants ! Nous restons également ouverts à toutes propositions de nature à améliorer le processus organisationnel pour satisfaire le plus grand nombre.
Les membres du Conseil d’Administration souhaitent que le présent texte non seulement contribue aux débats de la communauté, mais aussi réponde aux préoccupations exprimées et suscite l’envie du plus grand nombre de participer à ce congrès, en présentiel ou à distance selon le choix et les possibilités de chacun(e).
Le Conseil d’administration de la Self vous remercie pour votre attention, votre engagement et vos initiatives !
Bien à vous,
Au nom du Conseil d’administration : Philippe Negroni, Alexis Chambel, Karine Chassaing, Anne Grunstein, Marianne Lacomblez, Frédéric Luzi, Bernard Michez, Alexandre Morais, Valérie Pueyo, Camille Thomas, Rafaël Weissbrodt