La Commission Histoire vous informe de la publication sur le site de la SELF de 5 nouveaux entretiens et de la mise à jour de 2 entretiens déjà publiés :
Mises à jour :
Jusqu’à présent, l’accès à la base de données des communications aux congrès de la SELF était réservé aux adhérents de l’association. Après l’avoir ouvert durant la période de confinement (et de suspension des enseignements dans l’ensemble des structures éducatives) aux étudiants des masters en ergonomie référencés par le CE2, le Conseil d’Administration a considéré que ce riche fond de connaissances devait être partagé plus largement avec l’ensemble de la communauté des ergonomes et au-delà.
A ce jour, la base de données référence l’ensemble des communications des congrès de 1999 à 2019, ce qui représente 1523 entrées.
L’accès de la base de données est donc maintenant totalement libre depuis le site dans l’espace dédié : Accueil > Publications > Base des communications aux congrès.
L’exploration de cette base est multi-critères (année du congrès, lieu, type de session, type de communication, Auteur(s), mots clés…) ce qui permet une recherche avancée sur les communications. Au final, elle permet le téléchargement du document rattaché au format PDF et la genèse d’une référence bibliographique au format APA.
Nous vous souhaitons à tou(te)s de bonnes recherches bibliographiques et de bonnes lectures dans notre fond de communications.
La Commission Histoire vous informe de la publication sur le site de la SELF de 7 nouveaux entretiens :
- Daniel Bouthier
- Pascal Etienne
- Paul Frimat
- Daniel Furon
- Antoine Laville
- Serge Le Bozec
- Raymond Lucongsang
Jusqu’à présent, l’accès à la base de données des communications aux congrès de la SELF était réservée aux adhérents de l’association. Après l’avoir ouvert durant la période de confinement (et de suspension des enseignements dans l’ensemble des structures éducatives) aux étudiants des masters en ergonomie référencés par le CE2, le conseil d’Administration a considéré que ce riche fond de connaissances devait être partagé plus largement avec l’ensemble de la communauté des ergonomes et au delà.
Rappelons qu’à ce jour la base de données référence l’ensemble des communications des congrès de 1999 à 2019 ce qui représente 1523 entrées.
L’accès de la base de données est donc maintenant totalement libre depuis le site dans l’espace dédié : Accueil > Publications > Base des communications aux congrès. L’exploration de cette base est multi critères (année du congrès, lieu, type de session, type de communication, Auteur(s), mots clés…) ce qui permet une recherche avancée sur les communications. Au final, elle permet le téléchargement du document rattaché au format PDF et la genèse d’une référence bibliographique au format APA.
Nous vous souhaitons donc à tous de bonnes recherches bibliographiques et de bonnes lectures dans notre fond de communications.
Le Conseil d’Administration
La SELF, avec l’appui de ses commissions et de ses adhérents volontaires, envisage sur le dernier trimestre 2020 d’organiser des moments d’échanges à distance sur le thème : Crise sanitaire et ergonomie : quels constats ? quelles perspectives ?
Dans ce cadre, la commission RP² (Risques Professionnels et Représentants du Personnel) de la SELF propose une contribution sous forme d’une table ronde virtuelle, ouverte à tous les ergonomes et professionnels sensibles à notre démarche, autour des enjeux liés à la crise COVID19, rythmée autour de 2 temps forts :
- Un temps préparatoire avec la mise en ligne de vidéo/PPT/audio de retours d’expériences d’ergonomes qui souhaitent mettre en discussion leur exercice sur la période et/ou les enseignements possibles de cette situation.
- Une table ronde en visio le 6 octobre 2020 (17h-20h) permettant de mettre en discussion les éléments développés par les différentes contributions sur les thèmes de la prévention de risques et de l’intervention auprès des représentants du personnel.
Dans ce cadre nous lançons un appel à contributeurs pour participer à cette journée. Pour les personnes intéressées, nous ouvrons un appel à projet portant sur les 2 thématiques suivantes :
- Retours d’expérience sur les évolutions et les perspectives en matière de prévention des risques professionnels suite à la crise sanitaire de la Covid 19 : La continuité de l’activité a demandé des transformations organisationnelles et techniques : la protection contre le risque sanitaire a-t-elle contribué à l’amélioration de la PRP dans les entreprises ? à l’inverse a-t-elle mis à mal les dispositifs de prévention existants ?
- Retours d’expérience sur l’action des représentants du personnel en tant qu’acteur de la prévention des risques en entreprise pendant le confinement et/ou lors de la reprise d’activité. Le rôle des représentants du personnel dans l’organisation de cette période a- t-il été renforcé ? Les moyens à sa disposition ont-ils été à la hauteur des enjeux : consultation sur les projets, recours à expert…?
Ces contributions peuvent être au format : Vidéo, Audio, PPT, Word (1 à 4 pages). Elles seront mises en ligne sur le site de la SELF afin d’être accessibles au plus grand nombre.
Vous avez jusqu’au 24 août 2020 pour nous faire parvenir vos propositions à l’adresse suivante : commissionrp2self@gmail.com
Une partie d’entre elles sera retenue par la commission RP² pour alimenter le débat de la table ronde le 6 octobre 2020. Les modalités pratiques seront transmises ultérieurement.
Nous remercions par avance, toutes celles et tous ceux d’entre vous qui voudrons bien participer en nous faisant parvenir leur projet.
Amitiés ergonomiques,
La Commission RP² (Eloïse Galioot (rapporteur), Yvan Boby, Franck Chabut, Pascal Etienne, Emmanuelle Florence, Fréderic Garem, Ludovic Ponge, Gérard Vallery).
La période du confinement a transformé les liens que nous avons avec le terrain réactualisant ainsi nos questionnements sur notre pratique. Partant de ce constat, à partir de début avril, la Commission Jeunes Pratiques en Réflexion (JPR) de la SELF a proposé une session d’échanges hebdomadaire sur la pratique du métier d’ergonome.
L’objectif de ces sessions réalisées en visioconférence avec des jeunes praticien.e.s était de pouvoir discuter des transformations de la pratique de chacun pour la construire au mieux dans cette période particulière. Par ce document, le bureau de la Commission JPR partage une synthèse de ces échanges en gardant à l’esprit que ceux-ci ne se veulent nullement exhaustifs et représentatifs des nombreuses situations auxquelles les ergonomes ont été confrontés.
Dans un contexte exceptionnel de confinement qui a amené à modifier la vie personnelle et professionnelle de chacun, la Self a initié la rédaction d’un texte, qui vise à contribuer aux réflexions et aux débats au sein de la communauté des ergonomes, et plus largement de la société.
Dans le souci de le diffuser le plus largement possible, le document est disponible en deux versions : en français et en anglais.
Fabien COUTAREL,
Maître de Conférences, Ergonome, Université Clermont Auvergne, Laboratoire ACTé, Labex IMobS3 I SITE CAP 20-25, Administrateur de la SELF[1], Vice-Président du CE2[2]
Valérie PUEYO,
Maîtresse de Conférences, Ergonome, Université Lyon 2, Laboratoire Environnement Ville et Société, UMR 5600, Labex Intelligence des Mondes Urbains, Vice-Présidente de la SELF
Marianne LACOMBLEZ,
Professeure Emérite, Psychologue du travail, Université de Porto, Administratrice de la SELF
Catherine DELGOULET,
Professeure du CNAM, Titulaire de la Chaire d’Ergonomie, Conservatoire National des Arts et Métiers, Laboratoire CRTD, Directrice du Gis-CREAPT, Administratrice de la SELF
Béatrice BARTHE,
Maîtresse de Conférences, Ergonome, Université Toulouse Jean Jaurès, Présidente de la SELF
Véronique POÈTE,
Consultante Alternatives Ergonomiques, Ergonome, Administratrice de la SELF
Alain GARRIGOU,
Professeur des Universités, Bordeaux Population Health Center – Inserm U1219, Ergonome, Université de Bordeaux, Président du CE2
Bernard DUGUÉ,
Enseignant et Chercheur, Ergonome, Institut Polytechnique de Bordeaux, Président du CREE[3]
Christian BLATTER,
Ergonome retraité, Ancien chef d’unité Ergonomie et FOH à la SNCF, Trésorier de la SELF
Anne GRUNSTEIN,
Ergonome, Administratrice de la SELF
Eric LIEHRMANN,
Ergonome, Responsable du pôle Approche Globale des Situations de Travail, Institut National de Recherche en Santé et Sécurité au Travail, Vice-Président de la SELF
Bernard MICHEZ,
Consultant Ergotec, Ergonome, Administrateur de la Self, Administrateur Cinov Ergonomie[4], Président de la FEES[5]
Philippe NEGRONI,
Consultant Sud Concept, Ergonome, Secrétaire Général de la SELF
Camille THOMAS,
Consultante et Chercheur Atitlan, Ergonome, Administratrice de la SELF
Le contexte actuel de crise sanitaire et de confinement inédit de la population est l’occasion de réflexions, de prises de positions, d’indignations, de controverses. Le travail, en tant qu’activité sociale, se redéfinit lui-même tous les jours, selon les circonstances. Les spécialistes du travail, dont les ergonomes, observent et s’interrogent.
Contrairement à certaines idées reçues, l’Ergonomie, ce n’est pas d’abord une histoire de chaises, de bureaux ou de brosses à dents, dits « ergonomiques ». Le Travail est un objet central de l’ergonomie, et les moyens techniques qui y sont associés ne couvrent qu’une partie des questions qu’il convoque. Le projet de l’ergonomie est de concevoir ce Travail, et, au-delà des moyens techniques, les valeurs, les compétences, les relations, les organisations, etc., en sont des composantes décisives, comme son inscription dans la société, donc dans la vie de chacun et chacune.
L’ergonomie et le travail humain : faire société
Les ergonomes s’inscrivent dans une tradition humaniste visant initialement à adapter le travail aux hommes et aux femmes dans toute leur diversité[6] et ce, au fil du temps, afin qu’ils ne perdent ni n’usent leur vie à la gagner, mais au contraire : afin qu’ils se développent et construisent leur santé, dans et par ce Travail. Dans cette tradition, l’idée majeure, c’est de faire en sorte que le Travail soit humain, c’est-à-dire qu’il puisse garantir et nourrir nos besoins vitaux. Et si le niveau de la rémunération et sa constance doivent permettre d’assurer les besoins élémentaires, nos besoins vitaux d’humains recouvrent aussi :
- la création d’un lien social et culturel, qui permet de faire, de tisser, de mailler, d’apprendre, de partager, de créer et d’innover, avec et pour d’autres ;
- l’inscription dans une communauté et un territoire, qui vous reconnaît, vous accepte, vous protège et a besoin de vous ;
- le sentiment d’être utile : produire des biens et des services qui ont du sens, qui valent aux yeux de ceux qui comptent.
Il y a là certainement des leviers de performances sous-investis dans nombre d’organisations. Pour dire les choses autrement : il s’agit d’un travail qui offre à chacun et chacune la possibilité de se vivre authentique protagoniste de la société, et acteur d’une performance qui fait sens. Il est donc impératif de prendre soin de ce travail, et parfois de le soigner ; de le penser, et parfois de le panser. L’Ergonomie contribue ainsi, avec d’autres, à dessiner les contours de ce que pourrait être une société qui permette vraiment cela, à différentes échelles : faire société dans l’espace de travail, c’est faire société dans le territoire et au-delà. La relation de l’ergonomie à la société, via le travail, est une préoccupation originelle[7], que cette crise sanitaire ravive.
La crise sanitaire révèle à tous les impasses et angles morts du travail d’avant crise
Le moment historique que nous vivons est un révélateur extrêmement puissant : cette pandémie relève de ce que Mauss, anthropologue, appelle un « fait social total », ce phénomène qui met « en branle la totalité de la société et de ses institutions » [8], qui engage toute une société, tous ses membres. Sa compréhension suppose de ne pas décomposer ou disséquer le phénomène selon ses diverses dimensions (biologique, historique, politique, juridique, géographique, démographique, psychologique, économique, etc.), car « c’est en considérant le tout ensemble que nous [pouvons] percevoir l’essentiel ». La pandémie impose à tous la vision globale et systémique, revendiquée par l’ergonomie telle que nous la concevons.
C’est grâce au travail des travailleurs et des travailleuses de la santé, du social, de la propreté, de l’éducation, de l’agriculture, de l’alimentation, de l’énergie, des transports, de l’information, et de tant d’autres confinés, travaillant à distance, que notre société « en veille » affronte la pandémie. Beaucoup des métiers qui portent aujourd’hui notre subsistance étaient sous-valorisés[9], jusqu’à maintenant. Beaucoup de celles et ceux qui assurent nos besoins alimentaires de confinés, en prenant des risques, sont largement de ceux dont la société a progressivement vidé le travail des besoins vitaux d’un travail humain, au sens développé plus haut.
Quel paradoxe ! Mais quelle source d’espoir aussi que ce confinement ! Face au chaos, les éboueurs, agents de la propreté et caissières sont aujourd’hui applaudis, reconnus, facteurs de lien social ; face aux ravages hospitaliers du virus, les soignants voient redevenir socialement acceptables leurs alertes de longue date jusque-là inaudibles ; face à la mortalité des plus âgés, les métiers d’aide à la personne incarnent l’unique refuge d’humanité pour accompagner la fin de vie.
Ces métiers reconquièrent, le temps de la crise sanitaire, leur Travail. Mais le prix est-il raisonnable ? Dans quelles conditions et avec quels risques, avec quelle liberté de choix ? Leur laissons-nous seulement le choix ? Pouvons-nous souffrir que cette reconquête ne dure que le temps de la parenthèse sanitaire, si longue soit-elle ?
Les options économiques qui ont surdéterminé ces dernières années les évolutions du travail et de la société ne sont pas étrangères aux effets que nous constatons aujourd’hui. Pensons ici à la mondialisation, avec son lot de sous-traitances à bas coût, de délocalisations des productions et des services ou de quasi-monopole de multinationales ; pensons aussi à la globalisation des chaines de valeurs et à l’hyperspécialisation de chacun des acteurs de la chaîne. Le choix du moindre coût à court terme pour le client a été privilégié, au détriment de la qualité du Travail : l’hyperspécialisation conduit à la dévalorisation des savoir-faire, à l’individualisation des tâches, à l’émiettement de l’activité[10], à la perte de sens, à la qualité empêchée[11]. Au détriment de l’intérêt des Sociétés elles-mêmes aussi, c’est-à-dire au détriment de l’intérêt du plus grand nombre : davantage de consommation, de transports et de pollution ; très grande dépendance à des contextes mondiaux très éloignés et très peu influençables. Quand cela touche les masques et les respirateurs en temps de Covid19, la crise du Travail devient un problème de subsistance. Les coûts de la relance et les dettes contractées au passage seront immenses. Y compris économiquement pour le client lui-même, le choix du moindre coût à court terme devient discutable face aux conséquences de la pandémie.
Interrogeons l’intensification toujours plus grande du travail, combinant par exemple la tenue de délais plus serrés avec une standardisation des modes opératoires et un contrôle accru des opérations réalisées : privant le travail de l’œuvre au point que le terme de « main d’œuvre » n’en a conservé aujourd’hui que le sens d’un coût à réduire.
Regardons l’omniprésence des impératifs gestionnaires prônant notamment une programmation au plus juste des personnels et la disparition des stocks. Associés le plus souvent à l’illusion d’un travail nominal et maîtrisé, ces impératifs conduisent les travailleurs à opérer dans des conditions toujours dégradées, du fait des variabilités inhérentes au travail humain, qui, parce que niées, ne sont pas prises en charge sérieusement. L’absence de stocks, en amont, pendant et en aval des outils de production, limitent les risques d’une production réalisée non vendue. Mais cela rend aussi le travail humain dépendant du marché, dépendance que la flexibilisation des contrats et temps de travail permet d’intégrer : horaires décalés, temps partiels subis, contrats de courtes durées, etc.
La révolution numérique de notre société soutient largement la banalisation croissante de ces temps de travail atypiques, de la précarisation sociale, voire familiale tant les équilibres entre vie de famille et vie professionnelle sont parfois bousculés. De ce point de vue, le télétravail imposé, simultanément à la garde des enfants, auxquels ces mêmes parents doivent enfin assurer une continuité pédagogique, offre une expérience massive des difficultés associées aux dérégulations du système des activités[12].
Autant d’options qui déshumanisent le Travail, tenu alors pour un coût et non comme enjeu de développement individuel, collectif, local et environnemental. Le « facteur humain » y est, au mieux, une variable d’ajustement, au pire, un facteur d’économies à réaliser, en partie justifiées par les formes de désengagement qu’il engendre. Les effets néfastes de ces conditions de travail sur les personnes sont très bien renseignés dans la littérature scientifique, et pour certains depuis longtemps. Ils sont aussi largement banalisés par les dispositifs de réparation qui viennent en compensation de difficultés de santé avérées, parfois durables, voire d’espérances de vie limitées.
Bien sûr, tout cela ne concerne pas tout le monde. Mais les tendances restent majeures et largement dominantes. L’explicitation, l’intervention, la théorisation, notamment en ergonomie, ont permis de mettre en lumière les dynamiques sous-jacentes à ces conceptions de la performance économique, avec pour vocation de les surmonter, de les dépasser, et de ne pas s’en tenir à des constats alarmistes, si pertinents soient-ils. Toutefois, les réussites locales furent sans doute trop discrètes à l’échelle sociétale pour contribuer à un bouleversement de l’état des choses.
La reprise en main du Travail est possible
Tout n’est cependant pas si sombre, car, dans l’expérience de la crise, bon nombre de travailleurs font aussi l’expérience de situations de travail nouvelles, seuls ou dans des collectifs existants ou (re)composés, dévoilant souvent d’autres manières de faire et de penser le Travail et la Société : solidaires, porteuses de la fierté d’être utile, authentiques, animées de valeurs morales et de conceptions alternatives du « vivre ensemble ». De très petites entreprises dans le champ du textile modifient leur production pour fabriquer des masques ; un site de multinationale du cosmétique se lance dans la fabrication de gel hydro alcoolique ; des infirmières adaptent les combinaisons de peintre pour en faire des blouses ; des constructeurs automobiles fabriquent des respirateurs ; la boulangerie artisanale recrute pour livrer à domicile les personnes isolées, etc. Cette reconfiguration des manières de faire modifie tous les jours le quotidien des hôpitaux, des EHPAD, du secteur de l’agriculture maraîchère, celui du BTP, et bien d’autres. C’est le travail en tant qu’œuvre authentique et utile aux autres qui s’impose, moteur d’un projet de mieux-être individuel et collectif, qui recompose, par l’activité et face à la pandémie, les liens entre acteurs, réévalue spontanément la valeur des choses et des occupations. Il n’y a bien sûr pas de projet sociétal explicite et premier dans tout cela, sans doute simplement une injonction du réel, irrésistible, à faire œuvre commune. Mais comment ne pas voir dans ce que produisent ces intelligences à l’œuvre, les clés d’un renouveau des systèmes de production de biens ou de services ? Dans la crise sanitaire et son urgence, les règles et normes habituelles du quotidien disparaissent, autorisant chacun à réinventer là où précédemment il était enfermé. « L’élargissement du champ des actions est une des caractéristiques typique et fondamentale du développement humain. […] La compétence des travailleurs est très liée à leur capacité de changer de registre selon les circonstances » nous disait Wisner[13], ergonome. Les « subjectivités encombrantes »[14] d’avant deviennent les subjectivités salutaires de maintenant, tant l’utilité des économies locales et solidaires inscrites dans leurs territoires et les milieux de vie révèle les vraies conditions de subsistance, de chacun, de ses proches.
Dans la crise, la vie se réinvente, la santé se construit, avec et dans les risques. C’est ainsi que Canguilhem, médecin et philosophe, résistant d’une autre crise mondiale entre 1939 et 1945 définissait la santé : « Je me porte bien dans la mesure où je me sens capable de porter la responsabilité de mes actes, de porter des choses à l’existence et de créer entre les choses des rapports qui ne leur viendraient pas sans moi et qui ne seraient pas ce qu’ils sont sans elles »[15].
Ces expériences de travail convoquent, en fait, ce que disent depuis longtemps l’ergonomie de l’activité et d’autres disciplines qui s’intéressent au travail :
- l’importance de considérer l’activité de celles et ceux qui la font, dans leurs dimensions indissociablement singulières, collectives et sociétales. Rares sont les soignants qui exercent leur droit de retrait aujourd’hui face à la pénurie de lits, de personnels, de masques, de blouses, de gels, etc… Quel risque supérieur à celui de contracter le Covid19 ne peuvent-ils pas courir ? Dans ce consentement à l’exposition, dans un contexte où les obligations en matière de sécurité et de protection des travailleurs demeurent malgré tout, nous retrouvons le débat et la complémentarité des approches hygiéniste et constructive de la santé[16];
- l’importance de croiser les points de vue, d’associer les personnes concernées pour construire le problème dans sa complexité et comme pivot de toute démarche de recherche de réponses pertinentes, parce qu’ajustées ;
- l’importance pour les travailleurs d’être pour quelque chose dans l’usage que le travail fait d’eux-mêmes[17]: de reprendre la main.
Tout citoyen est responsable de concevoir cette pandémie comme une panne ou comme une crise, pour et au-delà du Travail
On peut concevoir ce qui se passe comme une panne, ou comme une crise. Une panne est un accident de parcours. Elle conduit, après diagnostic, à réparer ou remplacer les pièces défectueuses, voire à renforcer la maintenance préventive… pour assurer, dans le futur, la continuité du système et garantir sa résilience. Alors, ce qui a organisé l’histoire la plus récente de notre société perdurera jusqu’à la future panne, peut-être plus grave encore, qu’il faudra à nouveau choisir de concevoir comme une panne ou comme une crise. Si nous concevons cette pandémie comme une crise, elle devient alors une opportunité de refonder, de redéfinir ce à quoi nous tenons, ce qui vaut pour concevoir ce qui prévaudra lors des arbitrages suivants. Quelles seront les performances à l’aune desquelles les auteurs du travail seront évalués ? L’occasion est sans doute propice à l’enrichissement des critères sur la base desquels les performances des organisations sont évaluées, vers une prise en charge bienvenue de la complexité des enjeux humains du travail, et du statut de l’humain dans la production de ces performances.
Panne ou crise, il y aura des efforts et des difficultés, qui toucheront inégalitairement les uns ou les autres. Mais puisque dans ce chaos une opportunité rare se dessine peut-être, que souhaitons-nous ? Pour quel Travail et quelle Société allons-nous œuvrer, c’est-à-dire faire œuvre, lors du déconfinement ? Serons-nous donc en capacité de valoriser ce que donne à voir d’espoir cette actualité dramatique, d’œuvrer à une renormalisation majeure de nos terrains de Travail et de Vie, ces territoires à la croisée des enjeux de l’alimentation, des soins, de l’habitat, de l’énergie, de l’environnement, de l’éducation, de la science et de la culture ? Les ergonomes, spécialistes du Travail, ont et auront à prendre part aux analyses et aux expérimentations de demain, au-delà des élans de solidarité auxquels ils/elles contribuent aujourd’hui au cœur de cette période ou le temps semble suspendu. Ils/elles peuvent être, modestement et dans le respect de leur charte de déontologie, des acteurs précieux des changements à venir.
Si cette pandémie est un fait social total, les différents sujets sociétaux du moment doivent être pensés ensemble. Et aucun sujet n’échappe vraiment ni au Travail ni au Territoire : l’égalité d’accès aux services publics, la pénibilité et l’âge de la retraite, la précarisation des emplois en lieu et place de métiers, la représentation et le dialogue social, la prévention des risques, etc. La crise de l’hôpital public, sans réponse satisfaisante aux yeux de ses travailleurs et travailleuses de la santé, cristallisait à elle seule nombre de ces questions. Ces sujets, étouffés par l’urgence sanitaire, reviendront demain, peut-être plus violemment, notamment parce que cette crise sanitaire deviendra une crise économique et donc une crise de l’emploi.
La question n’est pas seulement celle de notre devenir, adultes d’aujourd’hui, mais celle de l’avenir des générations futures. Alors : quel travail pour quelle société ? Sur le fil d’équilibre pandémique, nous avons d’un côté la panne, et de l’autre la crise… et il nous faut choisir.
Le 27 avril 2020.
Référénces
[1] Société d’Ergonomie de Langue Française : https://ergonomie-self.org
[2] Collège des Enseignants Chercheurs en Ergonomie : http://www.ce2-ergo.fr
[3] Center For Registration of European Ergonomists : https://eurerg.eu
[4] Fédération des Syndicats des métiers de la prestation intellectuelle du Conseil, de l’Ingénierie et du Numérique : https://www.cinov.fr/syndicats/cinov-ergonomie
[5] Federation of European Ergonomics Societies : https://www.ergonomics-fees.eu
[6] C. Teiger, L’approche ergonomique : du travail humain à l’activité des hommes et des femmes au travail, Éducation Permanente, 1993, 116, 71-96.
[7] F. Daniellou, « Je me demanderais ce que la société attend de nous… » A propos des positions épistémologiques d’Alain Wisner, Travailler, 15, 2006, 23-38.
[8] M. Mauss, Essai sur le don : Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Sociologie et Anthropologie, PUF, Collection Sociologie d’aujourd’hui, 1973, 143-279, p. 274-275.
[9] K. Messing, C. Haentjens et G. Doniol-Shaw, L’invisible nécessaire : L’activité de nettoyage des toilettes sur les trains de voyageurs en gare, Le Travail Humain, 55, 4, 1992, 353-370.
[10] G. Friedmann, Le Travail en miettes, Gallimard, 1956 (rééd. 1964).
[11] Y. Clot, Le travail à cœur, Paris : La Découverte, 2010.
[12] J. Curie, V. Hajjar, A. Baubion-Broye, Psychopathologie du travail ou dérégulation du système des activités, 1990, Perspectives psychiatriques, 22, 85-91.
[13] A. Wisner, Aspects psychologiques de l’anthropotechnologie, Le Travail Humain, 1997, 60, 3, 229-254, p250-51.
[14] G. Le Blanc, Les maladies de l’homme normal, Paris : Vrin, 2004.
[15] G. Canguilhem, Ecrits sur la médecine, Paris : Seuil, 2002, p68.
[16] P. Falzon (dir.), Ergonomie Constructive, Paris : PUF, 2013.
[17] L’usage de soi comme nécessaire arbitrage entre « l’usage de soi par soi et l’usage de soi par les autres ». Y. Schwartz, L. Durrive, Travail et Ergologie, Toulouse, Octarès, 2003.
Chers adhérents de la SELF
Chers auteurs du 55ème congrès SELF 2020
Chers participants habituels ou occasionnels des congrès de la SELF
Chers tous,
Compte tenu du contexte actuel, le CA de la Société d’Ergonomie de Langue Française et la revue Activités, coorganisateurs du 55ème Congrès SELF Paris 2020 ont décidé de reporter le congrès de quelques mois.
Cette décision, fruit d’une réflexion collective, a été difficile à prendre, compte tenu des incertitudes auxquelles nous sommes confrontés. De multiples dimensions sont en effet en jeu, les aspects financiers ont bien sûr beaucoup pesé, mais également les contraintes physiques et sociales liées au déconfinement, les exigences scientifiques et logistiques du congrès, la mobilisation et l’engagement sans faille des équipes organisatrices depuis des mois, le travail d’écriture et de réécriture des auteurs, celui d’expertise des membres du comité scientifique ainsi qu’une analyse des impacts probables de la crise sur la communauté, sur vous, nous, futurs participants du congrès SELF Paris 2020.
Ainsi, nous vous annonçons que :
Le 55ème congrès de la SELF intitulé « L’activité et ses frontières. Penser et agir sur les transformations de nos sociétés » se tiendra à Paris du 11 au 13 Janvier 2021 au Centre de Congrès de la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris.
Toutes les communications, les symposiums, les ateliers acceptés resteront entièrement valables et seront tous intégrés au programme du Congrès, programme qui sera adapté à l’actualité de la crise.
Notez bien ces dates : 11, 12 et 13 Janvier 2021, nous aurons bien besoin de nous y retrouver tous, d’échanger, de partager en présentiel, dans ce contexte inédit de crise. En effet, ce calendrier inhabituel ne permettra pas de nous retrouver en septembre 2021 pour un congrès SELF, compte tenu de la temporalité de l’organisation d’un congrès (appel à communication, processus d’expertise, programme …).
Et comme il n’est pas banal de faire le congrès SELF 2020 dans les premières semaines de 2021, ce sera aussi l’opportunité pour notre association d’innover et de multiplier les espaces et les formes de rencontres et d’échanges sur des questions ciblées de l’actualité, dans les mois suivant ce congrès. Nous organiserons des rendez-vous, sous la forme de journées SELF dans la continuité du travail de nos commissions et selon une volonté d’ouverture et d’implication plus active de nos adhérents ; les sujets d’actualité traités et le format seront à construire ensemble.
Le congrès étant aussi le lieu de l’Assemblée Générale annuelle, nous avons à trouver les modalités permettant le fonctionnement institutionnel de l’association dans ce contexte exceptionnel. Nous reviendrons alors vers vous avec des informations plus précises.
Dans l’attente de ces rendez-vous importants de notre communauté, nous vous souhaitons beaucoup de courage mais aussi d’élan de vie en cette période inédite.
Bien à vous,
Les membres du Conseil d’Administration de la SELF
Béatrice Barthe (Présidente), Eric Liehrmann (Vice-Président aux affaires nationales), Valérie Pueyo (Vice-présidente aux affaires internationales), Philippe Negroni (Secrétaire Général), Christian Blatter (Trésorier), Fabien Coutarel , Catherine Delgoulet, Anne Grunstein, Marianne Lacomblez, Bernard Michez, Véronique Poète et Camille Thomas.
Actuellement, plusieurs recensements sont en cours au sein de notre communauté pour identifier les actions que les ergonomes mettent en place dans le cadre du contexte exceptionnel de la crise sanitaire du COVID-19.
La Self souhaite contribuer à ce travail de recensement en vous proposant de nous informer des actions que vous réalisez à but non lucratif, par exemple dans le cas où :
- vous avez engagé des actions ciblées pour soutenir des entreprises ou d’institutions – salariés, représentants du personnel ou responsables ;
- vous avez constitué et mis à disposition une recension de connaissances en matière de télétravail, d’exposition aux risques viraux, d’exposition aux situations de crise, etc. ;
- vous avez diffusé une prise de position sur la situation actuelle, ses potentielles conséquences et les enseignements à en tirer.
Elles pourraient, avec votre accord, faire l’objet d’une publication synthétique dans la newsletter de l’IEA qui sollicite la Self à ce titre.
En cette période de confinement et de suspension des enseignements dans l’ensemble des structures éducatives, le Conseil d’administration de la SELF a décidé d’ouvrir les droits d’accès de sa base de données des communications aux congrès de la SELF aux étudiants des masters référencés par le CE2. Rappelons qu’en temps « normal », seuls les adhérents de la SELF y ont normalement accès.
Cette disposition vise à soutenir les efforts des équipes enseignantes et des étudiants eux-mêmes dans cette période de travail à distance où bibliothèques et universités sont fermées.
Nous souhaitons donc à tous nos étudiants de bonnes recherches bibliographiques et de bonnes lectures dans notre fond de communications qui s’élèvent à ce jour à 1523 articles (couvrant les congrès de 1999 à 2019).
Le Conseil d’Administration