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Décès de René BARATTA

Publié le 

8 septembre 2025

 par 

Pr. René PATESSON

Nous apprenons avec tristesse le décès, survenu le 04 septembre 2025, de René Baratta, réalisateur de films sur le travail et ergonome.

Les obsèques auront lieu le jeudi 11 septembre à 15 h 30 au Père Lachaise.

La SELF présente ses condoléances à ses proches.

Une journaliste de Santé et Travail[1] présentait ainsi le parcours de René Baratta : « Diplômé en sciences économiques, il a appris le montage lors d’un séjour de deux ans aux Etats-Unis et, avant de se lancer dans les images, a été employé dans des foyers de mères célibataires et de jeunes travailleurs. Une fibre sociale, un « goût du travail bien fait » que lui a transmis son père, peintre en bâtiment… rien d’autre ne prédestinait le jeune homme à devenir ce documentariste dont beaucoup reconnaissent la singularité. »

René Baratta décrit, lui, sa première rencontre avec des ergonomes[2] : «  Moi, jeune réalisateur, je ne connaissais rien au travail. Michel Berthet et son collègue Joël Maline, jeunes ergonomes indépendants, ne connaissaient rien à la réalisation d’un film, et donc cette première rencontre ne s’est pas bien passée. Moi et mon équipe nous n’étions jamais au bon endroit, au bon moment, pour filmer le bon geste professionnel. Et eux étaient incapables de nous dire où et quand aurait lieu la prochaine action à filmer… Ce fut une vraie galère ! Mais cette expérience a aussi été pour moi une sorte de déclencheur, qui m’a poussé à m’intéresser à l’analyse du travail et à continuer de réaliser des films sur les situations de travail… »

En collaboration avec Francis Dupont, Jean-Marie Francescon et Damien Cru, il réalise en 1991 Aucun risque, paroles de compagnons – dont Damien Cru écrit le livret – qui restera sans doute son œuvre la plus célèbre. Il s’agit d’une analyse très fine des prises de risques dans le BTP, avec une mise en discussion, dans des groupes de compagnons, des idéologies collectives de défense.

Impossible de citer tous ses films[3], mais on peut mentionner Le nucléaire et l’homme – des images tournées en centrales nucléaires (ce qui est très rare), notamment sur le travail des prestataires –, film qui a scandé un colloque de deux jours sur les conditions de travail dans le nucléaire, organisé en 2002 par le Comité central d’entreprise d’EDF avec toutes les parties prenantes.

En 2006, René Baratta tourne pour la CFDT Intensification du travail et action syndicale, qui s’appuie sur les analyses conduites par des militants et rassemblées dans l’ouvrage Le travail intenable (Théry, 2006).

Outre ces commandes, René Baratta a développé à partir de 1997 une collaboration de longue durée avec Michel Berthet, alors à l’ANACT, réalisant des « films qui utilisent l’autoconfrontation collective comme un élément central de l’analyse des situations de travail »2 Il a publié plusieurs articles sur l’usage de la vidéo dans les recherches sur le travail.

Ce parcours l’a conduit, en 2002, à obtenir un DESS en ergonomie et conception des systèmes de travail, à devenir ergonome et à pratiquer notamment des expertises CHSCT.

Il aimait enseigner sur le thème « filmer le travail », et l’a fait dans plusieurs cursus de master d’ergonomie. Il a écrit, en lien avec ces enseignements, un texte « Éloge du plan de coupe et de l’imprévu »[4].

Parallèlement à son engagement professionnel, René Baratta a développé une activité cinématographique en lien avec l’Italie, pays d’origine de ses parents. Citons en 2013 les deux films réalisés avec Giovanna Marini, célèbre chercheuse en ethnomusicologie, qu’il a mis en ligne en mai 2025. En 2017, réalisation du film « Sur les traces de l’immigration italienne : histoires françaises », mettant en valeur les chants de l’émigration, en suivant le travail d’une chorale. En 2019, il a préparé un projet sur la période du fascisme et de la résistance, mais le faible nombre d’anciens du village ne lui a pas permis de le conduire à son terme. Toutefois, en 2021 il est parvenu à réaliser un film sur l’histoire de son village d’origine, Villar Dora.

René Baratta a été membre de la SELF. Il laisse le souvenir d’un homme exigeant, curieux, créatif et jovial. 


[1] Quéruel, N. (2009). René Baratta, artisan des images du travail, Santé et Travail, octobre 2009.

[2] Introduction par R. Baratta de l’entretien de la commission histoire de la SELF avec Michel Berthet berthet-michel.pdf

[3] Sa fiche à la Bibliothèque nationale de France comporte 55 œuvres.

[4] Baratta, R. (2012). Eloge du plan de coupe et de l’imprévu. Revue Ethnographiques.org25.

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