Membres d'Honneur de la SELF
Michèle ROCHER
Membre d’honneur de la
SELF,Toulouse, septembre 2009
J’ai le plaisir de vous présenter en quelques mots Michèle Rocher, que le CA a décidé de nommer membre d’honneur de la SELF. Michèle est née dans un petit village du sud-ouest, et pas n’importe lequel Montagne St Emilion ! Après des études à l’IUT « Hygiène – Sécurité » de Bordeaux en 1972- 1973 et une formation d’un an à l’Ecole nationale de la santé à Rennes sur les traitements de la pollution des eaux (dans une promo d’ingénieurs DDA et DDE), elle devient technicienne de sécurité dans le service de Sécurité-Environnement de Roussel Uclaf à Romainville, de 1974 à 1980 . Tout en travaillant) elle suit assidûment les cours d’ergonomie de Alain Wisner et de son équipe et d’autres cours au CNAM (sociologie du travail, psychologie du travail,).Elle décroche parallèlement un agrément Sécurité incendie CNPP. Elle obtient (dans le cadre d’un congé formation ) de 1980 à 1982 une bourse DGRST de Formation à la recherche chez Jacques Leplat, grâce à Jacques Duraffourg, formation qu’elle mène avec avec Annie Weill-Fassina et Marion Chesnais et obtient en 1982 le Diplôme d’Ergonomiste CNAM et elle précise elle-même que “Jacques Leplat, Annie Weill-Fassina et Marion Chesnais ont fait preuve avec moi d’une grande patience, d’une pédagogie exemplaire et de beaucoup de gentillesse durant ces 2 années, pour initier à la recherche une « praticienne d’usine » ». De septembre 1982 à mars 1984, à son retour chez Roussel Uclaf, elle travaille sur les projets avec un début d’intégration de la démarche ergonomique, et négocie (avec le soutien de Jacques Leplat) un poste de « chargée d’études » (relation entre service Sécurité et service Etudes) mais le titre même d’ergonome lui est refusé ! En 1983, elle participe avec Daniel Liévin et Martine François avec l’INRS Nancy à l’enquête sur le travail isolé. Elle postule alors sur un poste d’ergonome ouvert à l’INRS Paris, et travaille donc comme ergonome au Département Applications depuis avril 1984 jusqu’à maintenant. Elle mène alors plusieurs enquêtes sur les conditions de travail dans divers secteurs professionnels: - dans les cuisines (scolaires et hospitalières) (1988) - aux postes de caissières avec Sophie Prunier (stagiaire à l’INRS au début), Jacques Duraffourg, Francis Dupont, Véronique Poète, Sophie Lecorre (IRESCO), (1992-1993) Suite au dossier « Hypercaissières » paru dans la
revue Travail et Sécurité, le Groupe Carrefour demande un avis à
Michèle sur le cahier des charges de nouveaux postes
d’encaissement. Elle fait alors appel à Pascale Mercieca
(ANACT) pour négocier ensemble une intervention chez Carrefour.
Elle participe ensuite au comité de pilotage de
l’intervention sur le projet - sur le travail des aides à domicile elle monte un dossier (1989) grâce à Robert Villatte, directeur de l’INPACT, qui a demandé cette enquête à la direction INRS. Ensuite, 15 ans après, à son initiative (en raison des évolutions importantes dans ces professions), elle organise un groupe de travail avec Robert Villatte, Marianne Frachon (sociologue), Valérie Langevin, Véronique Poète et Christine Castejon pour la refonte du premier dossier. Les études de terrain aboutissent à l’élaboration d’une brochure en 2005 (grâce à Robert Villatte). Ce groupe a impulsé aussi l’édition de la vidéo « D’une maison à l’autre », réalisée par Anne Guibert, Etudes et audiovisuel INRS (2005 ).
Michèle travaille aussi beaucoup avec les services Prévention des CRAMs, en particulier en participant à des formations des contrôleurs des CRAMs en ce qui concerne l’ergonomie : au début avec Martine Plawner et Jacques Mandrette, ingénieur CRAM à Toulouse, Gilbert Modestine ; puis avec Marc Benoît qui a créé un accompagnement des contrôleurs dans leur intervention en entreprise (mini TP B) avec Régis Schneider, Philippe Penel, Philippe Dubois, Sylvie Niero (Analusis) et Dominique Dessors ; et également avec Michel Duwelz qui organise plusieurs formations en ergonomie à l’INRS. Autre activité importante : sa participation en 1994 à la création d’un groupe de « personnes ressources en ergonomie dans les CRAM, groupe co-animé avec la CNAMTS. A noter que ce groupe a changé de nom plusieurs fois et qu’il a fallu se battre pour faire réapparaître le mot « ergonomie », grâce à des pionniers de l’ergonomie dans les CRAM comme Gilbert Modestine, (un des seuls ingénieurs CRAM) et à ses « coups de gueule » dans des réunions mémorables avec la CNAMTS. Parallèlement, elle mène, avec Marion Chesnais, une étude sur l’"utilisation de l’ergonomie pour la prévention des risques professionnels" (1994-1995) au moyen d’une enquête auprès de 40 préventeurs CRAM ayant suivi un stage d’ergonomie, ce qui leur permet la rédaction d’un argumentaire des « apports de l’ergonomie à la prévention ». Dans le même objectif de défense de l’Ergonomie en prévention, elle participe à la réalisation d’une vidéo « Ergonomie et Prévention » (1996) grâce (en partie) à Nicole Falcetta qui a permis de filmer une séquence d’intervention ergonomique à l’hôpital, dans un service de réanimation . Ce groupe, devenu « Applications Ergonomie », continue son travail jusqu’à présent. Il permet notamment des échanges de pratiques professionnelles et la création d’un réseau (interne et externe) de préventeurs ergonomes. J’ai eu le plaisir, en tant chef du département « Homme au Travail » de l’INRS, de faire partie du Groupe durant plusieurs années et de soutenir son existence, avec les collègues, contre vents et marées. Le groupe a obtenu depuis 4 ans, son séminaire (enfin reconnu) qu’organise Michel Duwelz avec des intervenants extérieurs que découvrent les collègues ergonomes des CRAM. Michèle a aussi beaucoup soutenu la défense du rôle de l’Ergonomie en Conception : - par la rédaction d’un dossier dans Travail et Sécurité sur la « Conception à l’hôpital » pour valoriser les interventions de Nicole Falcetta et de l’équipe de la Délégation aux conditions de travail des Hôpitaux de Paris (1997). -par une intervention à l’hôpital St Joseph, qui se restructurait (1998-1999) : avec l’efficacité et l’amitié de Blandine Motte (alors à l’ANACT), puis par une formation du CHSCT et des cadres de direction négociée et organisée avec la CRAMIF, Robert Villatte et Gérard Bouché qu’elle a fait se rencontrer -par la participation à la création d’aides pédagogiques
« Repères méthodologiques pour la conduite de projets », avec
un DVD (3 histoires de projets) v - par la participation à une vidéo de sensibilisation « Quelle démarche pour vos projets ? » : grâce au réseau du Labo de François Daniellou. Enfin, elle a participé à l’enseignement des TP B3 en ergonomie au CNAM (2002 – 2005) avec Hakim Benchekroun, Tchibara Aletcheredji, les 2 Jean-Baptiste (Hervé et Labadie) et des « super promos » : « de très bons souvenirs ! » Je me permettrais de résumer ainsi les qualités principales de Michèle , qualités que, je pense, tout le monde saura lui reconnaître et qui font qu’elle mérite largement le titre de membre d’honneur de la SELF, ceci quoiqu’elle en pense ! - D’abord une volonté de faire comprendre l’importance et la nécessité de la démarche ergonomique dans la prévention des Risques Professionnels ainsi que dans la conception des outil/système/organisation du travail
-
Une ténacité farouche dans la défense et illustration de l’ergonomie, qui ne lui a pas valu que des amis dans certaines institutions, mais qui a porté ses fruits dans les milieux de la prévention (INRS, CNAM, CRAMs,)
-
Un extraordinaire besoin de créer des collectifs de travail (qui n’a pas travaillé avec elle ?) et de les animer, sans avoir l’air d’y toucher, et sans en tirer gloire, mais avec une grande efficacité
-
Enfin une fantastique volonté fédératrice qui fait que, grâce à elle, les préventeurs ergonomes forment une famille Mais je laisse Michèle s’adresser directement à nous :
« Ma myopie m’a certes été
utile en ergonomie mais, depuis 2005 elle m’a obligée à voir
la vie autrement et m’a éloignée de mon travail. Me
voilà donc engagée dans de nouvelles activités (plus adaptées à ma
vue) où j’apprends -comme une apprentie- la sculpture avec
l’argile, la peinture, le dessin et le chant. Nouveau réseau
de personnes pleines de vie !
« Mais surtout, par la voix de Michel
qui me fait l’honneur de parler de moi à la SELF (ce que je
ne mérite pas !), je tiens à remercier publiquement toutes les
« belles personnes » que j’ai rencontrées dans mon
métier d’ergonome et plus particulièrement « mes anges
gardiens » (parce qu’ils ont toujours été là pour me
soutenir) : Jacques Duraffourg, Alain Wisner, Jacques Leplat,
Robert Villatte, Marion Chesnais, Annie Weill-Fassina, François
Daniellou, Michel Neboit, Sophie Prunier-Poulmaire, Valérie
Langevin et Tchibara Aletcheredji.
D’ici quelques années, je vous
inviterai à boire un pot à mon expo (sait-on
jamais ?) ».
Pari tenu Michèle, alors, à Montagne St
Emilion . ?
Marion Chesnais
Membre d’Honneur de la SELF,
Toulouse, septembre 2009
C’est avec plaisir que j’ai appris que la SELF envisageait de faire Marion Chesnais membre d’Honneur et c’est bien volontiers que j’ai accepté la proposition de Michel Neboit de faire cette présentation.
Quand j’ai lu le curriculum de Marion Chesnais pour combler les lacunes de ma mémoire, j’ai revécu des moments de ma propre histoire. En effet, elle a été la première personne qui m’a été affectée par le CNRS, avec le titre de bibliothécaire, lorsque j’ai été nommé directeur du Laboratoire de Psychologie du travail de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en 1966. Je ne crois pas qu’elle me démentira si je dis qu’à ce moment elle n’avait qu’une idée plutôt vague de ce qu’était l’ergonomie. Nous étions peu nombreux à l’époque et avec peu de moyens. Tout était à construire, car mes projets ne s’inséraient pas dans les perspectives de mon prédécesseur. Marion Chesnais a été dès ce moment très efficace. Elle a rempli les tâches très importantes de secrétariat en prenant vite beaucoup d’initiatives. Elle a appris, dira-t-elle avec beaucoup d’humour à « écrire Leplat », c’est-à-dire à faire des courriers où il y avait peu à retoucher. Sa formation littéraire initiale allait lui être très utile pour assurer le secrétariat de rédaction du Travail Humain dont j’avais hérité de la direction. Je pense que pour elle cette fonction a été particulièrement bénéfique. A travers la lecture des articles, elle s’est initiée au domaine en même temps que les correspondances avec les auteurs l’introduisaient dans le milieu de l’ergonomie. Elle a pris progressivement de l’autonomie dans cette fonction et je pense que la revue lui doit beaucoup. Elle a contribué à solliciter et à orienter les auteurs. Elle a assuré pour une large part les relations avec les services de l’éditeur. Je voudrais dire qu’au titre de la gestion de la revue dans cette période, je lui ai beaucoup de reconnaissance pour le travail qu’elle a réalisé. Grâce à la compétence qu’elle avait acquise, j’ai été déchargé de beaucoup de tâches.
Dans ce même temps, Marion Chesnais participait très activement à la vie et au développement du laboratoire. Elle a d’abord été associée à des recherches qui étaient menées sur les travaux de contrôle de qualité, en particulier, pour les activités perceptives mises en œuvre dans des tâches de ce type. Elle a participé très efficacement à la préparation et à l’exploitation de ces travaux de type expérimental. Dans une seconde période, Marion Chesnais allait s’impliquer de plus en plus dans les recherches qui étaient conduites au Laboratoire sur les problèmes de sécurité au travail. Nous avions, en effet, bénéficié de contrats avec la CECA et avec l’INRS. C’était l’époque où Xavier Cuny était entré au Laboratoire après un séjour à l’INRS où il avait contribué à l’élaboration de la méthode d’analyse dite de l’arbre des causes. Marion Chesnais participait très activement aux réunions qui se tenaient sur ce thème et elle a aussi fait connaître à l’extérieur, dans les milieux professionnels et syndicaux cette méthode, son intérêt et les bonnes manières de l’exploiter. Elle est devenue une grande spécialiste dans ce domaine comme en témoignent les textes à la rédaction desquels elle a participé, en particulier ceux qu’elle a rédigés à des fins de formation. Ces documents cernent bien l’intérêt et les limites de ce genre de méthode. Celle-ci a été adaptée grâce à sa mise en œuvre auprès de publics variés, avec le souci d’en faire un véritable instrument de formation à l’ergonomie de la sécurité. Ensuite, Marion Chesnais a continué à élargir ses compétences en abordant plus explicitement l’étude des risques professionnels. Les travaux qu’elle a menés sur ce thème avec Michèle Rocher, toujours avec la préoccupation pédagogique du développement des pratiques, en donnant aux agents de sécurité non seulement un instrument d’analyse, mais aussi des procédures d’intervention. Elle est dans ce domaine là, aussi, devenu experte : elle a été et est encore beaucoup consultée sur les problèmes de sécurité, de risque, de prévention et de formations à la sécurité d’agents de divers niveaux. A mon départ à la retraite, Marion Chesnais a été affectée à l’équipe de Psychologie cognitive de l’Université de Paris VIII au sein de laquelle elle a pu continuer à développer ses activités dans le champ de l’ergonomie de la sécurité et de son enseignement.
Marion Chesnais a aussi très tôt et durant toute sa carrière apporté aux étudiants et jeunes chercheurs une assistance scientifique pour la conception et la rédaction de leur mémoire, article ou documents divers. Je peux porter témoignage de la qualité et de l’efficacité de ses compétences dans ce domaine dont j’ai aussi personnellement profité. Le CNRS a reconnu son travail en la nommant assistante de recherche spécialiste, puis ingénieure d’étude. Quand on regarde son curriculum, on est frappé par la variété des activités et des publications qu’elle a produites en son nom propre ou auxquelles elle a été associée : ouvrages, articles, rapports, communications à des congrès. On peut dire qu’elle a su trouver dans la communauté ergonomique une place originale, mais tout à fait dans l’esprit de l’ergonomie par l’attention manifestée à des problèmes pratiques en même temps qu’à des recherches théoriques susceptibles de les enrichir. Dans les deux cas, on y note le souci d’apporter des réponses adaptées et de favoriser le développement de pratiques sérieuses.
Je pense que c’est une bonne idée de la SELF et de son bureau que d’avoir pensé à honorer des membres qui ont su non seulement contribuer à des interventions ergonomiques de qualité, mais aussi mettre à la disposition de professionnels non ergonomes des connaissances ergonomiques et des méthodes susceptibles d’enrichir leur pratique professionnelle. Quand on prend connaissance de ces travaux, on est frappé par le souci qu’ils manifestent de ne pas plaquer des connaissances ergonomiques toute faites, sur celles des professionnels concernés, mais de les articuler avec les leurs en entrant dans leur propre problématique.
Enfin, on ne saurait rendre hommage à Marion Chesnais sans mentionner sa passion pour les marionnettes. Fille d’un grand marionnettiste, elle a valorisé l’héritage familial avec les mêmes qualités qu’elle a mises dans son travail professionnel : elle est devenue une spécialiste reconnue de cet art qu’elle vient de contribuer à promouvoir avec sa participation à la création d’un département de marionnettes dans un musée lyonnais. Elle nous dira peut-être un jour les rapports existant entre la passion pour les marionnettes et l’intérêt pour l’ergonomie. Elle a sans doute beaucoup à dire aussi sur ce monde des marionnettes auquel elle a été intimement associée avec la conception du spectacle, sa réalisation, le milieu dans lequel il s’insère. Un beau champ d’études ergonomiques possibles pour meubler la retraite, s’il en était besoin
Merci à Marion Chesnais pour ce qu’elle a apporté à l’ergonomie, à la SELF et à beaucoup d’entre nous. Qu’elle puisse encore longtemps nous faire bénéficier de sa longue expérience.
Août 2009. J. Leplat
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